PIED


PIED
PIED

Le pied, ou extrémité libre du membre inférieur, présente chez l’homme une disposition unique. Certes, une analyse superficielle risquerait de le considérer comme une structure en régression. Le pied est, en effet, un assemblage d’éléments osseux, massifs ou atrophiés, unis par des articulations peu mobiles et par de puissants ligaments. Les muscles sont représentés par de longs tendons, ou des corps charnus peu fournis. La pauvreté relative en éléments vasculaires et nerveux se traduit par une sensibilité cutanée assez fruste, et par la fréquence des troubles trophiques: nécrose des orteils chez les artéritiques, les diabétiques; œdèmes du pied au cours des phlébites, des insuffisances cardiaques ou rénales. Par ailleurs, la perte de l’opposition du gros orteil, fonction qui existe chez les Primates quadrumanes, semble témoigner clairement de cette régression. En fait, le pied humain est le siège d’un mécanisme hautement différencié, parfaitement adapté à une fonction spécifiquement humaine, la station érigée vraie et la locomotion bipède. Ses possibilités dynamiques polyvalentes permettent la course, le saut, la danse. Mais sa fragilité, inhérente à la délicatesse de ses structures, explique, depuis une antiquité très reculée, l’usage protecteur que permet le port d’une chaussure.

1. Anatomie

Ostéologie

On reconnaît, d’arrière en avant, le tarse, le métatarse et les phalanges (fig. 1).

Le tarse postérieur est formé de deux éléments massifs, superposés: le calcanéum, os du talon, supporte l’astragale, ou talus . La tarse antérieur juxtapose cinq éléments, mais un seul, le cuboïde, s’aligne sur le calcanéum. L’astragale se continue par le scaphoïde, et celui-ci par trois cunéiformes, numérotés de dedans en dehors, 1er, 2e et 3e cunéiforme.

Les cinq os du métatarse se groupent de façon identique: à chaque cunéiforme correspond un des trois premiers métatarsiens, tandis que le cuboïde donne appui aux 4e et 5e métatarsiens.

Les métatarsiens sont prolongés par les phalanges des orteils (trois phalanges, sauf au gros orteil dont les deux phalanges sont plus développées que celles des autres orteils).

Deux os du tarse méritent une brève description: ce sont le calcanéum et l’astragale. L’élément le plus massif, le calcanéum, forme en avant un plateau (petite apophyse, ou sustentaculum tali ), fortement excentré en dedans, qui supporte la tête de l’astragale. L’extrémité antérieure, étroite, portant le nom de grande apophyse, s’articule avec le cuboïde. La face supérieure de l’os présente, à sa partie moyenne, une vaste surface cartilagineuse, taillée en segment de cylindre, donnant appui au corps de l’astragale. Elle repose elle-même sur une zone condensée, le thalamus de Destot, siège des fractures les plus fréquentes du calcanéum. L’extrémité postérieure, très large, donne attache au tendon d’Achille et prend appui au sol par l’intermédiaire de deux tubérosités, interne et externe.

L’astragale, ou talus , se recouvre presque entièrement de cartilage. Il ordonne d’avant en arrière la tête, le col et le corps. La tête cartilagineuse s’enfonce dans une cavité formée par le scaphoïde en avant, la petite apophyse du calcanéum en arrière, et complétée entre les deux os par le ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur.

Le col présente sur son versant inférieur un profond sillon; il s’oppose à un sillon identique du calcanéum, formant le sinus du tarse. Ce sinus est cloisonné par les faisceaux du ligament en haie, ou ligament astragalo-calcanéen interosseux. La face inférieure du corps s’appuie, par une surface concave, sur la surface articulaire principale du calcanéum. La face supérieure du corps dessine une trochlée, la poulie astragalienne; elle répond au pilon tibial. Latéralement, le corps présente deux surfaces articulaires, en continuité avec la poulie; elles s’articulent avec la malléole tibiale et la malléole péronière.

Arthrologie

Les principales articulations mettent en jeu l’astragale, qui participe aux trois jointures essentielles: la tibio-tarsienne, la sous-astragalienne et la médio-tarsienne.

L’articulation de la cheville , ou tibiotarsienne , unit le pied au squelette jambier. Il s’agit d’une trochléenne, qui encastre l’astragale dans la pince tibio-péronière, à la manière d’un tenon dans une mortaise. L’élément clé est la poulie de l’astragale. Elle est un peu plus large en avant qu’en arrière; elle se met en rapport avec la surface concave du pilon tibial prolongé de chaque côté par une malléole. La malléole interne, ou tibiale, se dispose à angle droit par rapport à la surface articulaire du pilon tibial. La malléole externe représente l’extrémité inférieure, élargie, du péroné (ou fibula). Solidement unie au tibia par d’épais ligaments péronéo-tibiaux inférieurs, plus longue, plus postérieure que la malléole tibiale, la malléole péronière se plaque sur le versant externe de l’astragale, à la manière d’une attelle qui prévient la tendance naturelle du pied à basculer en dedans. Cette fonction exige l’absence de diastasis , c’est-à-dire de jeu, même minime, au niveau de l’articulation péronéo-tibiale inférieure. Deux puissants ligaments latéraux, interne et externe, partent des malléoles. Leur faisceau superficiel se termine sur le calcanéum; les faisceaux profonds sur l’astragale. Ces ligaments sont distendus lors de l’entorse du cou-de-pied.

L’articulation tibio-tarsienne exécute un seul mouvement, la flexion-extension du pied, selon une amplitude de 800.

L’articulation sous-astragalienne (astragalo-calcanéenne postérieure) est une trochoïde mettant en relation le calcanéum avec le corps de l’astragale. Elle permet la torsion du pied autour de son grand axe antéro-postérieur (fig. 2).

L’articulation médio-tarsienne , ou de Chopart, unit le tarse postérieur et le tarse antérieur. En fait, elle juxtapose deux cavités articulaires indépendantes, mais qui possèdent un ligament commun, le ligament en Y de Chopart. L’articulation interne est une énarthrose, qui fait correspondre la tête de l’astragale, et la cavité commune au scaphoïde, au sustentaculum tali , complétée par le ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur. L’articulation externe, en selle, unit la grande apophyse du calcanéum et le cuboïde.

Le ligament en Y, placé à la charnière des deux articulations, se fixe sur la grande apophyse du calcanéum et gagne le scaphoïde par sa branche interne, le cuboïde par sa branche externe.

Les mouvements de l’articulation médiotarsienne dirigent l’avant-pied soit en dedans (varus), soit en dehors (valgus).

À la vérité, les mouvements sont solidement combinés: lorsque l’astragale est solidement fixé, verrouillé dans sa pince tibio-péronière, le pied peut se placer en supination, mouvement d’adduction et rotation interne qui élève le bord interne du pied et accentue la cambrure plantaire; ou en pronation, mouvement d’abduction et rotation externe, avec élévation du bord externe du pied et atténuation de la cambrure.

L’articulation tarso-métatarsienne , ou de Lisfranc, est peu mobile: son interligne irrégulier traduit l’interpénétration des bases des métatarsiens dans le massif des cunéiformes: en particulier, le deuxième métatarsien s’enfonce dans la mortaise des cunéiformes. Le ligament de Lisfranc unit le premier cunéiforme au deuxième métatarsien. Le cuboïde s’articule avec les quatrième et cinquième métatarsiens.

Les articulations métatarso-phalangiennes sont des énarthroses. La première, affectée au gros orteil, possède de volumineux os sésamoïdes sur son versant plantaire.

Architecture du pied

Les os du pied, phalanges exceptées, s’ordonnent pour former une voûte; la cambrure est maintenue par le grand ligament calcanéo-cuboïdien plantaire et par deux tendons, le long péronier latéral et le jambier postérieur. Les parties molles forment un épais matelas entre la voûte ostéo-ligamentaire et l’appui au sol.

La voûte plantaire osseuse est comparable à une demi-assiette creuse, qui dirige sa concavité en bas et en dedans. Elle prend contact au sol par trois points d’appui: appui postérieur, ou calcanéen; appuis antérieurs, correspondant essentiellement à la tête du premier et du cinquième métatarsiens. Entre ces points d’appui, siège d’élection des durillons, des verrues et du mal perforant plantaires, les os constituent une voûte longitudinale et une voûte transversale.

La voûte longitudinale est double: Charpy isole, en effet, une voûte externe qui aligne le calcanéum, le cuboïde et les deux derniers métatarsiens, et une voûte interne, comprenant le calcanéum, l’astragale, le scaphoïde, les trois cunéiformes et les trois premiers métatarsiens. Une fente sépare ces deux voûtes qui peuvent jouer, l’une par rapport à l’autre au niveau de leur charnière, le rôle du ligament en Y de Chopart.

La voûte longitudinale est bordée par deux arcs très différents (fig. 3). L’arc externe, ou arc d’appui, bas situé, ne comprend que trois éléments: calcanéum, cuboïde et cinquième métatarsien, unis par deux articulations peu mobiles. Le sommet de l’arc est le cuboïde, os clé de voûte, configuré en coin, pratiquement encastré entre les deux autres os. L’arc interne, ou arc de mouvement, haut situé, comprend cinq éléments: calcanéum, astragale, scaphoïde, premier cunéiforme, premier métatarsien, unis par quatre articulations d’une assez grande mobilité. Le sommet de l’arc correspond à la tête de l’astragale, placée en porte-à-faux entre le scaphoïde et la petite apophyse du calcanéum (elle repose, en effet, sur le ligament calcanéo-scaphoïdien inférieur). Cette suspension élastique de la tête de l’astragale, le nombre d’articulations en jeu, expliquent la souplesse de l’arc interne; il se déforme lors de la marche, du saut, etc.

La voûte transversale est très nette en arrière, où l’on voit l’astragale s’appuyer en porte-à-faux sur la petite apophyse du calcanéum. Elle est encore apparente au niveau du tarse antérieur, le cuboïde étant bas situé, le premier cunéiforme suspendu loin du sol. Elle s’atténue en regard de la tête des métatarsiens qui reposent au sol.

La contention de la voûte plantaire est d’abord réalisée par un puissant ligament, le grand ligament calcanéo-cuboïdien plantaire, qui s’insère en arrière sur le calcanéum; il se dirige en avant, prend appui au passage sur la crête du cuboïde, mais la déborde, pour se terminer sur la base des métatarsiens. On l’a comparé à une lame de ressort sous-tendant la voûte osseuse. Il est renforcé par deux longs tendons, entrecroisés sous la voûte osseuse, représentant un véritable appareil de suspension des bords du pied (fig. 4).

Le long péronier latéral , muscle externe, se réfléchit sur le cuboïde qu’il échancre, puis croise obliquement la plante du pied pour se terminer sur le tubercule de la base du premier métatarsien. Il soulève l’arc externe en regard de la clé de voûte cuboïdienne. Il détermine le mouvement de valgus et la rotation externe de l’avant-pied. Il est renforcé par le court péronier latéral, qui s’insère sur la base du 5e métatarsien.

Le jambier postérieur se termine essentiellement sur le tubercule du scaphoïde, suspendant le bord interne du pied. Mais ses expansions gagnent les cunéiformes et la base des métatarsiens. Il est aidé par le jambier antérieur, inséré sur le 1er cunéiforme et le 1er métatarsien. Le jambier postérieur détermine le varus et la rotation interne du pied.

Les parties molles forment un matelas interposé entre la voûte ostéo-tendineuse et l’appui au sol. Elles comprennent de nombreux muscles plantaires entourés par les aponévroses plantaires. Les plans superficiels sont représentés par une épaisse nappe adipeuse, contenant de très nombreuses veines, la semelle veineuse de Lejars. On l’a comparée à un coussinet hydraulique qui amortit les forces de pression. Enfin, la peau est épaisse, hyperkératinisée aux zones d’appui.

Au cours de la marche, se produit d’abord une divergence des pieds, selon un angle de 300. Le pied prend contact au sol par le talon; puis la voûte s’aplatit, jusqu’à ce que le bord interne du pied repose au sol. Le temps essentiel est l’impulsion, mouvement brutal d’élévation du talon, sous l’influence du triceps. L’appui ne s’effectue que sur la tête des métatarsiens. Finalement, le pied se détache du sol, et le membre inférieur devient oscillant. Les muscles péroniers latéraux, le jambier postérieur, complètent l’action du triceps; ce sont les muscles de l’extension du pied. Le muscle jambier antérieur et les extenseurs des orteils, ou fléchisseurs du pied, préviennent la butée des orteils sur le sol pendant l’oscillation.

2. Pathologie

Lors de la marche et surtout de la course, un seul pied et même une fraction de celui-ci doit, pendant un temps assez court, assurer l’adaptation au sol et supporter tout le poids du corps. Or le pied est relativement fragile car, pour avoir une bonne souplesse et une grande mobilité, il est très fragmenté (26 os), et le poids du corps tend alors à le déformer, tandis que la circulation artério-veineuse y est particulièrement difficile, le retour du sang veineux vers le cœur se faisant contre la pesanteur (danger de dilatation veineuse: les varices).

Pour protéger les pieds, les chaussures sont utilisées depuis la plus haute antiquité; bien conçues, elles diminuent le risque de traumatismes externes; toutefois, les impératifs de la mode les rendent parfois nocives ou en diminuent l’efficacité (les femmes représentent 80 p. 100 des consultants en podologie). C’est ainsi que l’utilisation de matériaux traumatisants provoque des frottements sur la face dorsale (cors sur les orteils, callosités) ou des compressions anormales sur la plante (durillons). Par ailleurs, des talons trop hauts engendrent des douleurs et des durillons sous l’avant-pied tandis que les orteils se replient en griffe, le gros orteil se trouvant rejeté en dehors (hallux valgus , ou oignon); quant aux talons trop bas ou presque inexistants, ils entraînent une surcharge de l’arrière-pied avec apparition de douleurs et d’exostose au niveau de la région plantaire. Des chaussures trop étroites provoquent également des compressions de la face dorsale du pied et les mêmes déformations que précédemment au niveau des orteils, tandis que des chaussures trop souples ne maintiennent pas suffisamment l’architecture du pied qui s’affaisse et devient plat.

Un mauvais fonctionnement musculaire (paralysie) entraîne plus ou moins rapidement des désordres qui peuvent s’aggraver; en outre, il existe de nombreuses déformations d’origine congénitale.

Si le traitement de ces différentes déformations a longtemps été décevant, l’utilisation judicieuse de certaines thérapeutiques nouvelles et les progrès importants réalisés par la médecine physique et surtout la chirurgie du pied permettent de prévenir ou de corriger la plupart des déformations.

De plus, les praticiens auxiliaires et paramédicaux (pédicure, masseur kinésithérapeute et prothésiste) sont aujourd’hui en mesure de contribuer au progrès de la podologie.

Pieds plats

Les variétés de pieds plats sont nombreuses, depuis la légère déformation de l’arrière-pied qui tourne en dehors avec ou sans affaissement plantaire jusqu’au pied plat très caractérisé, véritable difformité avec disparition totale de l’arche interne du pied parfois remplacée par un énorme complexe osseux qui fait saillie et nécessite le port de chaussures orthopédiques.

Les causes des pieds plats sont diverses. Certains enfants naissent avec des déformations congénitales, d’autres acquièrent la déformation soit à cause de prédispositions, soit simplement parce qu’ils sont obèses ou inactifs.

Chez l’adulte, la déformation de la voûte plantaire peut accompagner un certain nombre d’affections affaiblissantes (atteintes articulaires, nerveuses, musculaires, vasculaires); elle peut aussi être la conséquence de la sédentarité, du vieillissement, ou encore d’une activité professionnelle comportant l’obligation d’une station debout prolongée.

Enfin, dans la genèse du pied plat, il y a lieu de noter le rôle non négligeable de l’absence de chaussures ou du port prolongé de chaussures trop souples ou de chaussons.

Au début de l’affection, des examens médicaux réguliers permettent de déceler des prédispositions à l’affaissement plantaire ainsi qu’une ébauche de déformation. Le médecin peut, après s’être assuré que le pied est souple, prescrire des semelles destinées à prévenir la déformation; ces semelles doivent comporter une épaisseur sous la partie interne du talon pour empêcher ce dernier de tourner en dehors. Les chaussures seront à tiges montantes seulement s’il s’agit d’un enfant de moins de cinq ans; dans les autres cas, la tige peut être basse. Ces chaussures seront généralement confectionnées en cuir et comporteront un contrefort relativement haut qui se prolongera en avant jusqu’en regard de la moitié des faces latérales du pied; si l’enfant (et a fortiori l’adulte) est capable de répéter convenablement des exercices, des séances de rééducation fonctionnelle destinées à fortifier les muscles gardiens des cambrures du pied seront prescrites en longues séries annuelles, surveillées par un praticien qui s’assurera de leur correction.

Ainsi traité et surveillé, le pied reste en général stable, et si, dans certains cas, la déformation apparaît, elle n’évolue que très lentement et, même constituée, elle est bien supportée dès lors que la souplesse de l’organe est intacte et les muscles très toniques.

Dans le cas du pied plat confirmé, le traitement sera différent selon qu’il s’agit d’une déformation souple ou enraidie.

Si la déformation est souple, on procédera comme précédemment: toutefois, les semelles thérapeutiques comportant un élément sous la région interne du talon seront souvent insuffisantes, et il conviendra d’adjoindre une voûte interne pour éviter des phénomènes de compression lorsque le sujet n’est pas debout. Il suffit de calculer la hauteur de cette voûte de telle manière qu’elle soit de un à deux millimètres inférieure à la hauteur de l’arche interne du pied, lorsque celui-ci n’est pas en appui; l’absence d’une telle précaution avait fait condamner cette voûte interne par d’anciens auteurs.

Certains enfants prennent une attitude réactionnelle à la déviation du talon en dehors en tournant l’avant-pied (et finalement l’ensemble du pied) en dedans. On prescrit dans ce cas des semelles correctives ne comportant pas de voûte interne, mais leurs indications sont limitées. La rééducation fonctionnelle sera également différente lorsqu’il existe une attitude réactionnelle.

Si la déformation est enraidie ou fixée, ce qui est le cas pour la plupart des pieds plats chez l’adulte, le chaussage sera identique à celui requis par les cas précédents, mais on conseillera le port de semelles thérapeutiques destinées à prévenir une aggravation de la déformation, c’est-à-dire une voûte interne convenablement calculée; par la rééducation fonctionnelle on tentera d’assouplir l’ensemble ostéo-articulaire des pieds; si cela réussit, on maintiendra le résultat par des séries annuelles d’exercices et par le port de semelles de correction convenant au pied plat souple.

En cas d’échec et de douleurs, ou bien si la déformation est très importante, un traitement chirurgical approprié sera mis en œuvre: ostéotomie du calcanéum (Gleich) qui permet de redresser le talon dont la position commande celle de l’avant-pied, interpositions extra-articulaires entre le calcanéum et l’astragale (Grice et autres auteurs) qui permettent de corriger la déformation sans grand risque et sans longue immobilisation. Ces interventions s’adressent cependant plus à l’enfant et de préférence au jeune enfant qu’à l’adulte, car la réadaptation de l’avant-pied de ce dernier n’est pas certaine, et on préfère alors pratiquer des interventions uniquement destinées à faire disparaître la douleur provoquée par l’arthrose des articulations de l’arrière-pied, ce qui est obtenu aisément par arthrodèse, c’est-à-dire par blocage des articulations douloureuses. Ce blocage qui n’intéresse que les articulations du pied ne touche pas les articulations de la cheville: la marche en terrain plat, en descente et en montée n’en est pas affectée; seule est gênée l’adaptation de la marche en terrain inégal.

Pieds creux

Caractérisés par une déformation inverse des pieds plats, les pieds creux sont également de différentes formes, soit que la déformation provienne d’une chute de l’arrière-pied par rapport à l’avant-pied (paralysie du muscle triceps sural) ou, au contraire, d’une chute de l’avant-pied par rapport à l’arrière-pied (pied creux «essentiel» de l’adolescent), soit qu’elle ait pour cause l’abaissement des deux moitiés du pied, ce qui finit, d’ailleurs, par se produire dans la plupart des pieds creux.

Les causes en sont variées: paralysies, affections congénitales (origine familiale fréquente, maladies neurologiques, parmi lesquelles l’atrophie de Charcot-Marie), mais en fait, dans la très grande majorité des cas, il s’agit d’une déformation apparaissant chez l’enfant et surtout l’adolescent et dont l’origine familiale et les rapports avec des malformations spinales sont discutées. Le pied creux «essentiel» de l’adolescent reste, dans la plupart des cas, sans étiologie connue.

L’aspect accentué de la concavité plantaire du pied ne correspond pas à une position déterminée de l’avant-pied et de l’arrière-pied qui peuvent être dans l’axe l’un de l’autre. Cependant, il est habituel d’observer une inclinaison en dedans du talon contraire à celle du pied plat, tandis que l’avant-pied présente souvent une face plantaire arrondie mais de largeur normale (à l’inverse du pied plat dont l’affaissement plantaire antérieur se manifeste par un élargissement notable de l’avant-pied).

Le talon peut parfois tourner en dehors, il s’agit alors soit d’un pied plat contracturé ou moulé par un escarpin, soit simplement d’une adaptation de l’arrière-pied à un abaissement gênant et trop important de l’avant-pied.

Au début, des examens médicaux permettent de déceler des prédispositions (notions d’antécédents familiaux), ainsi qu’une ébauche de déformation chez l’enfant ou l’adolescent – chez l’adolescente, la déformation est plus rare. Le praticien doit alors donner des conseils de chaussage: les talons hauts doivent être évités chez les filles, la chaussure sera confectionnée dans un matériau souple et, si cela est nécessaire, des semelles thérapeutiques relevant l’avant-pied ou l’arrière-pied seront prescrites avec des éléments internes ou externes pour corriger les déviations latérales éventuelles de l’arrière-pied et de l’avant-pied.

Le placement du pied en position de correction (postures) ainsi que le travail intensif des muscles luttant contre la déformation seront pratiqués au cours de longues séries annuelles de séances de mobilisation active et passive.

Ce traitement donne souvent d’excellents résultats et, si la déformation se confirme, elle reste souple et ne provoque pas de lésions nécessitant un traitement chirurgical.

Dans le cas d’un pied creux confirmé , il faut envisager le port de semelles correctrices si la déformation est réductible, c’est-à-dire si elle disparaît à l’appui, ou bien l’utilisation de semelles compensatrices s’il existe une irréductibilité partielle ou totale.

Cependant, si la déformation est irréductible et difficile à supporter à cause des douleurs qu’elle provoque, ou bien si elle est très importante chez l’enfant ou l’adolescent, il est nécessaire de recourir à un traitement chirurgical.

Le procédé le plus classique est une tarsectomie cunéiforne consistant à réséquer une large tranche osseuse triangulaire à base supérieure dans la région médiane du pied. Cette intervention corrige la déformation mais exige une immobilisation plâtrée de deux à trois mois et ne met pas à l’abri d’une récidive.

Un procédé plus moderne consiste à sectionner le calcanéum dans un plan frontal et permet d’orienter ainsi le talon en dehors, de telle manière que le poids du corps vienne peser sur le bord interne du pied, réduisant ainsi la concavité plantaire. Des transplantations ainsi que des allongements tendineux peuvent prévenir une attitude réactionnelle de l’avant-pied.

Jean Lelièvre a proposé la résection de toutes les têtes métatarsiennes; cette intervention donne des résultats satisfaisants lorsqu’il s’agit d’un malade âgé présentant des durillons invétérés.

Déformations des orteils

Les déformations des orteils peuvent être en rapport avec l’une des grandes déformations du pied ou se produire isolément par altération spécifique des articulations qui les composent, ou encore à la suite du port de chaussures défectueuses.

Les orteils peuvent dévier latéralement, réalisant par exemple l’hallux valgus , ou se déformer dans le sens antéro-postérieur donnant la griffe d’orteil et l’orteil en marteau.

Hallux valgus

L’hallus valgus est une déviation du gros orteil vers l’extérieur, accompagnée souvent d’une saillie osseuse sur la face interne du premier métatarsien. Il est habituellement provoqué par le port de chaussures à hauts talons avec bout antérieur étroit, d’où la fréquence de cette déformation chez les femmes.

L’hallux valgus existe également chez les enfants et chez les hommes, mais là il résulte plus souvent que chez la femme d’une anomalie congénitale (par exemple, premier métatarsien court et mobile) ou d’une prédisposition anatomique banale (gros orteil ou bien premier métatarsien plus longs que l’orteil ou le métatarsien voisins). Dans le premier cas, le gros orteil est projeté par son métatarsien sur la face interne de la chaussure qui le renvoie en dehors et crée ainsi la déformation; dans le second cas, le gros orteil est très antérieur et ne peut se loger dans la chaussure qu’en se plaçant obliquement vers l’extérieur du pied.

La déviation du gros orteil s’accompagne souvent d’une saillie de la face interne de la tête du premier métatarsien; cette saillie hypertrophique devient rouge vif à cause du frottement.

Le matériau utilisé pour fabriquer les chaussures sera résistant pour la semelle et le contrefort, souple pour la partie antérieure du pied; la hauteur du talon devra être de 2 à 2,5 cm pour l’homme et de 3,5 à 4,5 cm pour la femme; chez l’enfant, 1,5 cm est suffisant.

S’il existe une caractéristique génétique dite ancestrale, on fera prolonger le contrefort sur le tiers antérieur de la chaussure, et le talon sera d’une hauteur suffisante. S’il existe un gros orteil plus long que les autres, on conseillera, au contraire, un talon de faible hauteur et un bout antérieur particulièrement souple et large.

Dans tous les cas, on favorisera la marche pieds nus sur terrain inégal (galets, sable, etc.), et on recommandera les exercices favorisant le travail des muscles rassemblant les orteils et resserrant l’avant-pied (exercices de préhension d’objets ou de tissus par les pieds et les orteils).

Les précautions de chaussage et la répétition des exercices précédents peuvent ralentir l’évolution de la déformation et l’apparition de ses complications. Il en est de même de l’utilisation de redresseurs ou de protecteurs avec certaines semelles thérapeutiques, mais il ne faut pas attendre et laisser passer l’heure d’un traitement chirurgical simple.

La mauvaise réputation du traitement chirurgical est due, pour une part, au malade qui hésite trop longtemps et, pour une autre part, au praticien non spécialisé qui n’utilise qu’un procédé alors qu’il en existe une quinzaine, chacun d’eux étant adapté aux différentes lésions qui accompagnent la déformation et à ses causes. Enfin, les suites postopératoires sont souvent assez lentes et nécessitent quelquefois une mobilisation active et passive longtemps poursuivie.

Griffes d’orteils et cors

La déformation des orteils en griffe est très fréquente; comme l’hallux valgus, ce peut être une déformation associée à une autre déformation du pied et, en particulier, à un pied creux ou à un hallux valgus qui nécessitent un traitement particulier, mais il peut aussi s’agir d’une déformation isolée qui se manifeste avec prédilection au niveau du cinquième orteil.

La déformation est caractérisée par une flexion plantaire permanente au niveau des articulations des phalanges; ces anomalies deviennent gênantes lorsqu’elles s’accompagnent de lésions de frottement, les cors.

Comme dans toutes les anomalies statiques, les chaussures jouent un grand rôle et, pour que les orteils ne se déforment pas, il convient d’éviter les talons hauts et les bouts antérieurs étroits (chaussures de type escarpin); le matériau doit être souple surtout au niveau des avant-pieds.

La marche pieds nus et les exercices passifs d’assouplissement sont d’excellents moyens de lutte contre les griffes d’orteil.

Le problème thérapeutique d’une griffe d’orteil est celui du traitement d’un cor. Celui-ci peut être dégagé régulièrement par un praticien compétent, mais il est rare que la lésion disparaisse ou s’atténue si la déformation de l’orteil persiste; c’est pourquoi la correction chirurgicale s’impose (arthroplastie sous anesthésie locale).

Les durillons

Épaississements de la peau par frottement ou compression, les durillons se développent essentiellement sous les têtes métatarsiennes.

Ils peuvent être provoqués par le port de chaussures défectueuses dont les semelles ne jouent pas leur rôle protecteur (semelles trop fines ou trop raides), mais ils surviennent également lorsque le pied, bien que normal, manque de souplesse, ou encore lorsqu’il existe une verticalisation d’un ou de plusieurs métatarsiens, ce qui est notamment le cas dans les pieds creux.

Pour empêcher le développement d’un durillon, il convient non seulement d’éviter le port de talons hauts qui surchargent l’avant-pied, les bouts antérieurs étroits qui replient les orteils en griffe, ce qui abaisse les têtes métatarsiennes, mais aussi de prévoir des semelles souples d’une épaisseur modérée mais suffisante.

Lorsque le durillon survient sur un pied enraidi, il convient de lutter contre cet enraidissement en faisant suivre au sujet une longue série de séances de rééducation fonctionnelle (30 à 40), à raison de deux à trois par semaine, au cours desquelles on insistera sur la mobilisation passive des petites articulations des avant-pieds et des orteils.

Si l’apparition des durillons est provoquée par la verticalisation des métatarsiens, outre les précautions de chaussage déjà énumérées et la rééducation envisagée, on insistera sur le travail des muscles resserrant l’avant-pied.

En présence de durillons anciens ou invétérés, il convient d’abord d’en supprimer la cause: remplacer les chaussures défectueuses, assouplir les pieds enraidis ou déformés, corriger une verticalisation éventuelle d’un ou plusieurs métatarsiens, appliquer le traitement médical et chirurgical du pied creux. Des semelles thérapeutiques appropriées permettent d’isoler la lésion.

Dans certains cas, les durillons rebelles ne sont pas en rapport avec une déformation osseuse et ne sont dus qu’à l’altération de la couche basale de la peau à cause d’une compression qui a persisté trop longtemps. Il convient alors de les exciser chirurgicalement et de les remplacer soit par une greffe cutanée, soit par un lambeau cutané pris à proximité.

Pieds bots

Bien que cette expression «pied bot» englobe toutes les modifications de l’orientation du pied par rapport à la jambe quelle qu’en soit l’origine, la coutume veut qu’elle concerne essentiellement celles d’origine congénitale.

Outre les modifications affectant l’axe longitudinal du pied par rapport à celui de la jambe, il existe dans les pieds bots congénitaux des modifications de tous les axes du pied; c’est ainsi que le plus souvent celui-ci se place en flexion plantaire (équin); il tourne en dedans (adduction) et la plante pivote pour faire face à l’intérieur (supination): ces deux modifications constituent le varus; l’ensemble de la déformation réalisant le pied bot varus équin.

Il peut exister d’autres pieds bots congénitaux: le ou les pieds peuvent se placer en flexion dorsale plus ou moins réductible réalisant un pied talus dont la région plantaire, en général très plate ou même convexe, peut faire face à l’intérieur (varus) ou à l’extérieur (valgus).

Certains auteurs considèrent que la déformation peut être héréditaire et plus ou moins transmissible, mais il est possible que, dans un grand nombre de cas, elle soit provoquée par une mauvaise adaptation réciproque du fœtus aux organes maternels. Certains auteurs ont invoqué des anomalies vasculaires (défaut d’oxygénation des extrémités) ou glandulaires (choc émotionnel chez la mère, séquelles d’une injection d’insuline).

Le pied bot varus équin qui représente la plus fréquente des malformations du nouveau-né (1 sur 2 000 environ) est souvent bilatéral et frappe plus fréquemment le garçon.

La déformation décrite ci-dessus dans sa forme complète apparaît évidente à la naissance, mais il existe des formes frustes où les déviations sont peu marquées et risquent de passer inaperçues. Elles peuvent se réduire à un défaut de flexion dorsale, une légère déviation interne de l’avant-pied ou même une simple déviation des orteils en dedans. C’est pourquoi l’examen des pieds (du squelette et des parties molles) du nouveau né doit être non seulement systématique mais très méticuleux.

Le traitement précoce concerne tous les pieds bots dont la réductibilité est plus ou moins complète, la période d’irréductibilité relative se situant entre le quinzième et le cinquantième jour.

Le traitement du pied bot varus équin congénital est donc un traitement d’urgence, car la réductibilité va dépendre non seulement de l’importance des lésions mais de la rapidité de mise en œuvre de la thérapeutique à laquelle les parents doivent être immédiatement associés car elle devra être poursuivie pendant plusieurs années, ce qui exclut l’intervention d’un praticien pendant de si longs délais.

La réduction de la déformation, en milieu hospitalier, doit être progressive afin de ne pas écraser les noyaux d’ossification. On doit corriger le varus, c’est-à-dire l’adduction combinée à la supination, avant l’équin, du moins au début. Ce traitement est essentiellement passif et doit être précédé et suivi d’une mobilisation de toutes les articulations des pieds y compris celles des avant-pieds et des orteils, avec élongations des tendons, muscles et capsules rétractés.

À raison de deux séances par jour de vingt minutes environ, il sera parfois nécessaire d’attendre deux à six jours avant d’obtenir un assouplissement suffisant pour permettre une correction ou une ébauche de correction que l’on pourra alors maintenir soit par des attelles spéciales, soit par un plâtre. Les plâtres, que l’on renouvellera tous les cinq à dix jours, devront être surveillés car les risques de compression ou d’infection ne sont pas négligeables, et, dans tous les cas, on s’attachera à protéger et à nettoyer la peau des pieds et des jambes.

Parfois, la réduction complète de la déformation est obtenue avec une rapidité surprenante, tandis que dans d’autres cas la déformation subsiste, nécessitant un allongement sous-cutané du tendon d’Achille, intervention bénigne chez le bébé de six mois.

Mais des complications plus immédiates, telles que des ulcérations cutanées, peuvent entraîner l’arrêt momentané des manipulations et, dans ces cas, la déformation risque de devenir partiellement ou complètement irréductible.

Si l’irréductibilité est relative, les interventions chirurgicales consistent à sectionner minutieusement les parties molles sans toucher aux os. Si l’irréductibilité est absolue, en général à partir de huit ans, il est nécessaire de pratiquer des résections osseuses, mais ces interventions intéressent plusieurs articulations que l’on est obligé de sacrifier en les bloquant (arthrodèse), ce qui ne présente pas d’inconvénient pour la marche, la montée et la descente, car l’articulation de la cheville (tibio-tarsienne) reste indemne: tout au plus existe-t-il une gêne au déplacement en terrain irrégulier.

pied [ pje ] n. m.
Xe; lat. pes, pedis
I A(Chez l'être humain)
1Partie inférieure articulée à l'extrémité de la jambe, pouvant reposer à plat sur le sol et permettant la station verticale et la marche. pop. arpion, nougat, 2. panard, paturon, pinceau, ripaton; pédi-. Parties du pied. cou-de-pied, 1. plante, talon. Doigts de pied. orteil. Ongles de pied. « Elle avait le pied gros et court » (Balzac). « les deux plus adorables pieds du monde, des pieds trop petits pour une femme » (Gautier). peton. Étude du pied. podologie. Malformations du pied : pied bot, pied plat. Pied d'athlète. Cal, callosités du pied. 2. cor, durillon , oignon. Avoir mal aux pieds. Se faire soigner les pieds chez un pédicure. Se fouler, se tordre le pied. entorse. Boiter du pied droit, gauche. Avoir chaud, froid aux pieds. Sentir, puer des pieds. Prendre un bain de pieds ( pédiluve) . Passer une rivière à pied sec, sans se mouiller les pieds. Être pieds nus, nu-pieds. Pieds chaussés de souliers, de pantoufles. Marcher sur la pointe des pieds. Taper du pied. Taper des pieds d'impatience, de colère ( trépigner) , pour protester en public; en dansant ( taconeos) . Traîner les pieds : avancer comme à regret; fig. renâcler à faire qqch. — Foncer pied au plancher. Lever le pied : cesser d'accélérer, en voiture; fig. ralentir; s'interrompre, s'arrêter (cf. aussi ci-dessous ).
♢ COUP DE PIED : coup donné avec le pied (cf. Coup de latte). Recevoir un coup de pied quelque part, au derrière, fam. au cul. Des coups de pied. Sport Coup frappé dans le ballon avec le pied. shoot. Coup de pied touché, de pénalité.
Loc. Trouver chaussure à son pied. Ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot. Des pieds à la tête; de la tête aux pieds : complètement. Être trempé des pieds à la tête. De pied en cap. Ôter à qqn une épine du pied. Fam. Avoir les pieds nickelés. Être bête comme ses pieds. Faire qqch. comme un pied, très mal. — Marcher sur les pieds de qqn; fig. lui manquer d'égards, chercher à l'évincer. Il ne se laisse pas marcher sur les pieds. Il me casse les pieds. Faire les pieds à qqn, lui donner une bonne leçon, lui apprendre à vivre. ⇒ dresser. « Il eut envie de la faire souffrir un peu, pour lui faire les pieds » (Sartre). C'est bien fait pour ses pieds. Avoir un pied dans la fosse, dans la tombe : être très vieux ou moribond. Mettre les pieds dans le plat : aborder une question délicate avec une franchise brutale; commettre une gaffe. — Faire du pied à qqn, poser le pied sur le sien (pour l'avertir, signifier une attirance, etc.). Appel du pied : invite. — Ne pas se moucher du pied. Mettre pied à terre : descendre d'une monture, d'un véhicule. Avoir les pieds sur terre. Avoir le pied à l'étrier. Mettre les pieds quelque part : y aller. Je n'y ai jamais mis les pieds. Je ne remettrai jamais les pieds chez lui. Mettre le pied dehors, sortir. Il ne peut plus mettre un pied devant l'autre : il ne peut plus marcher. Se lever du pied gauche. Pieds et poings liés : sans pouvoir agir d'aucune façon. Ne pouvoir remuer ni pied ni patte : être complètement immobilisé. — Fouler aux pieds. Couper l'herbe sous le pied à qqn. Partir les pieds devant : mourir. « On disait qu'elle ne sortirait plus de sa chambre que les pieds en avant » (Zola). Faire des pieds et des mains : se démener, employer tous les moyens (cf. Remuer ciel et terre). Il a fait des pieds et des mains pour obtenir un rendez-vous. Attendre qqn de pied ferme. Lever le pied, se dit d'un dépositaire de fonds qui s'enfuit en emportant l'argent dont il avait la garde. Au pied levé : sans préparation. Remplacer la vedette au pied levé.
Loc. (avec sur, à, en) SUR LES PIEDS, SUR UN PIED. debout. Retomber sur ses pieds : se recevoir adroitement; fig. se tirer à son avantage d'une situation difficile, par adresse ou par chance. Ne pas savoir sur quel pied danser. — SUR PIED. Dès cinq heures il est sur pied, debout, levé. Le malade sera sur pied dans quelques jours. guéri, rétabli. Que la population « fût tenue toujours sur pied, toujours en émoi » (Michelet),en éveil, prête à parer à toute éventualité. — Mettre sur pied une affaire, une entreprise, la monter, la mettre en état de commencer son activité. ⇒ constituer, organiser. — À PIED : en marchant. ⇒ pédestrement, fam. pedibus (cf. À pinces). « Faire route à pied » (Rousseau). Allons-y à pied. Faire de la marche à pied. Une auberge où on logeait à pied et à cheval, les voyageurs à pied et à cheval. Loc. pop. Je t'emmerde, à pied, à cheval et en voiture, de toutes les façons (cf. En long, en large et en travers). — Sport Course à pied (opposé à course cycliste, automobile). Il a été mis à pied, suspendu dans ses fonctions. Mise à pied disciplinaire. — À PIEDS JOINTS : en gardant les pieds rapprochés (pour sauter). Loc. Sauter à pieds joints sur une occasion, sans hésiter. — DE PIED. Vx Les gens de pied : les fantassins. Valet de pied. — EN PIED : représenté debout, des pieds à la tête. « Un portrait en pied, grandeur nature » (Martin du Gard). Vieilli En titre. « Je suis l'amant en pied de la dame rose » (Gautier). — AUX PIEDS DE QQN, devant lui (en étant baissé, prosterné). Se jeter aux pieds de qqn, pour le supplier. « le chien s'étendait sur un pouf aux pieds de sa maîtresse » (Green). Madame, je dépose mes hommages à vos pieds. Hercule aux pieds d'Omphale. Au pied ! ordre donné à un chien de venir près de son maître.
2(Apr. un v., et sans art.) (Désignant le contact avec le sol, l'assise.) Avoir pied : pouvoir, en touchant du pied le fond, avoir la tête hors de l'eau. Perdre pied; fig. être perdu, ne plus avoir de repère, de ligne de conduite. « il se baigna, s'aventura jusqu'à perdre pied, avala des gorgées d'eau salée » (H. Thomas). Prendre pied : se trouver sur le sol ferme; fig. s'établir solidement sur un territoire. — Lâcher pied : ne plus tenir contre l'adversaire; céder, reculer; fig. flancher.
3(Désignant la manière de se tenir, de marcher.) Achille au pied léger. Avoir le pied marin. Avoir bon pied bon œil.
Pas. S'en aller du même pied. Pied à pied : en ne cédant que très peu, et seulement lorsqu'on est forcé; en se défendant à outrance. « Il avait battu en retraite pied à pied » (Fromentin).
4Par anal. Pieds d'une statue. Colosse aux pieds d'argile. PIED DE FER, de fonte : enclume en forme de pied où le cordonnier pose les chaussures qu'il répare.
♢ PIED DE BAS : partie du bas qui recouvre le pied. Marcher à pieds de bas, ou (fam.) en pieds de chaussettes, sans chaussures.
5Chacune des deux chaussures qui composent une paire. Je vous passe le pied gauche, dit la vendeuse.
Prolongement d'une jambe de pantalon couvrant le pied. Pyjama à pieds, pour les enfants.
6Emplacement des pieds. Le pied et la tête d'un lit.
B(Chez l'animal)
1Extrémité inférieure de la jambe (des équidés), de la patte (de quelques mammifères et oiseaux) ou organe permettant à certains mollusques de se déplacer. 1. patte; -pède, -pode. Pieds de devant, de derrière. Les bœufs « creusaient la terre de leurs larges pieds fourchus » (Sand). Le héron « levant les pieds sur les cailloux du fond » (Genevoix). Pieds palmés des canards. Pied de la moule. Loc. Le coup de pied de l'âne. Faire le pied de grue. Pieds de veau, de porc (vendus en boucherie). Pieds panés. Pieds (et) paquets.
Spécialt Cheval qui galope sur le pied droit (quand l'antérieur droit se pose en avant de l'antérieur gauche, le postérieur droit en avant du postérieur gauche), sur le pied gauche. Le cheval est parti du bon pied (ex. sur le pied droit s'il doit aller à droite). Cheval qui change de pied, qui passe du galop à droite au galop à gauche, ou inversement, sans temps d'arrêt.
2Vén. Trace de pas (d'un cerf, etc.).
II
1Partie par laquelle un objet repose sur le sol, touche le sol. 1. bas, base. « Au pied d'une haute falaise » (Bosco). Caler le pied d'une échelle. Le pied d'un escalier, d'un mur. Loc. C'est au pied du mur qu'on voit le maçon : c'est face à la difficulté qu'on reconnaît le spécialiste. Mettre qqn au pied du mur. À pied d'œuvre. Pied d'une perpendiculaire, point d'intersection de celle-ci avec la surface ou la ligne sur laquelle elle est abaissée. ⇒ podaire. Pied de col (d'une chemise).
(Végétaux) Le pied et le chapeau d'un champignon. « Il coupe une branche, et non le pied de l'arbre » (Voltaire). collet, souche. Arbre franc de pied. — SUR PIED. « Laisser les arbres sécher sur pied » (Buffon). Fig. Sécher sur pied. Fruits vendus sur pied, avant la récolte. — Par ext. Chaque individu, chaque plant (de certains végétaux cultivés). Pied de vigne. cep. Pied de salade.
2Partie d'un objet servant de support. Casser le pied d'un verre. Un verre à pied. Un pied de lampe. Les pieds d'un meuble. « Une desserte haute sur pied » (Colette). « Un petit lit avec des pieds à roulettes » (Giono). Le pied d'un appareil de photo. Fig. Nez en pied de marmite.
III
1(1080) Ancienne unité de mesure de longueur valant 0,3248 mètre. pouce, toise. « la mère avait ses cinq pieds cinq pouces, c'était la plus belle femme du pays » (Musset). Loc. Souhaiter être (à) cent pieds sous terre : avoir envie de se cacher (par honte). Faire un pied de nez. « le pied de rouge qu'elles avaient sur les joues » (A. Hermant),la couche épaisse de rouge.
Unité de mesure anglo-saxonne (symb. ft ou ') valant 0,3048 mètre, unité internationale d'altitude utilisée en aéronautique. Un pied vaut douze pouces. « L'altimètre était difficile à lire. [...] Quinze cents pieds » (J. Roy). Mesurer cinq pieds, sept pouces, 1,70 m. « Son apothéose [un tableau] : cent pieds carrés de flaques bleues dégoulinant de tous côtés vers un point jaune » (R. Ducharme).
2Fig. Vx Base de mesure. « Est-ce au pied du savoir qu'on mesure les hommes ? » (Boileau).
Mod. AU PETIT PIED : en petit, en raccourci. « Cette espèce de famille royale au petit pied » (Balzac). — AU PIED DE LA LETTRE. — SUR (le, un) PIED. Être traité, reçu sur le pied de..., comme..., au rang de... Être sur un pied d'égalité avec qqn : être son égal. Mettre sur le même pied, sur le même plan. — Vivre sur le pied de vingt mille francs par an, sur la base de, avec un train de vie de vingt mille. Vivre sur un grand pied, en dépensant beaucoup. — Sur le pied de guerre : équipé et prêt à combattre, à agir, à partir.
3Arg. anc. Part de butin. Prendre son pied, sa part. (1881) En avoir son pied, en avoir assez. — (1899 arg.; répandu v. 1968) Mod. et fam. Plaisir sexuel; par ext. Plaisir quelconque. PRENDRE SON PIED. jouir; s'éclater. Un voyage en moto, c'est le pied ! 2. panard. C'est pas le pied : ce n'est pas agréable, ça ne va pas.
4 ♦ PIED À COULISSE : instrument de précision pour mesurer les épaisseurs et les diamètres.
IV(1580) Unité rythmique constituée par un groupement de syllabes d'une valeur déterminée (quantité, accentuation). Les pieds employés dans la métrique ancienne. anapeste, dactyle, iambe, spondée, 1. trochée. Abusivt Syllabe (dans un vers français). ⊗ CONTR. Chevet, sommet, tête.

pied nom masculin (latin pes, pedis) Partie terminale du membre inférieur, articulée avec la jambe, permettant l'appui au sol dans la station debout et la marche. Partie terminale des membres inférieurs de certains animaux. (En zootechnie, c'est la partie du membre recouverte par les sabots chez les équidés, par les onglons chez les ruminants.) Partie d'un végétal qui est le plus près de la terre : Le pied d'un arbre. Plant de certains végétaux cultivés : Un pied de salade. Partie d'un objet, de quelque chose qui est le plus près du sol ; partie inférieure, base : Le pied d'un mât. Le pied d'une montagne. Élément qui sert, seul ou avec d'autres, de support à certains objets, meubles : Les quatre pieds d'une chaise. Partie du lit qui est opposée au chevet, à la tête. Bonneterie Extrémité d'un article chaussant où l'on enfile le pied. Botanique Chez les plantes herbacées, individu végétal perçant la surface du sol en un seul point, ou collet, par opposition à la touffe. Partie, en général cylindrique, portant le chapeau des champignons supérieurs. Cuisine Patte d'un animal de boucherie ou de charcuterie diversement apprêtée. Imprimerie Partie inférieure d'un caractère typographique. Mathématiques Point d'intersection d'une perpendiculaire à une droite ou à un plan avec cette droite ou ce plan. Métrique Mesure élémentaire du vers grec ou latin, constituée de deux à quatre syllabes, longues ou brèves. Synonyme de syllabe. Métrologie Ancienne unité de mesure de longueur en France, qui contenait 12 pouces et valait 0,324 8 m. Synonyme de foot. Musique Unité de mesure servant, dans la facture instrumentale, à évaluer la hauteur du tuyau le plus grave d'un jeu d'orgue. (Un jeu de huit pieds [8’] est celui dont le tuyau le plus long [ut] mesure 8 pieds, soit 2,66 m.) Photographie et Cinéma Accessoire sur lequel peut être fixé l'appareil de prise de vues. Zoologie Expansion ventrale des mollusques, sur laquelle ils peuvent ramper. ● pied (citations) nom masculin (latin pes, pedis) Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Traînant l'aile et tirant le pied. Fables, les Deux Pigeons Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette […] Laissez-leur prendre un pied chez vous, Ils en auront bientôt pris quatre. Fables, la Lice et sa Compagne pied (difficultés) nom masculin (latin pes, pedis) Orthographe 1. Au piedde qqch = à sa base. Sans s à pied : être au pied d'un arbre, d'une montagne, du mur. 2. Aux piedsde qqn = à ses pieds. Avec s à pied: se jeter aux pieds de qqn. 3. Aller à pied, à pied sec, sans s à pied. 4. Sur pied = debout (ou, fig., sain, en bon état). Sans s à pied : il a été malade, mais il est aujourd'hui sur pied ; l'entreprise a été remise sur pied par un bon gestionnaire. 5. Sur pied = non abattu, non débité, en parlant d'arbres, de bois. Sans s à pied : acheter des chênes sur pied. 6. Pieds nus / nu-pieds : on écrit sans trait d'union marcher pieds nus mais avec un trait d'union marcher nu-pieds. 7. Coup de pied / cou-de-piedcou-de-pied. Emploi 1. Marche à pied, marcher à pied. Les expressions marche à pied, marcher à pied ont souvent été critiquées comme faisant pléonasme. Elles sont aujourd'hui passées dans l'usage courant. Recommandation Dans l'expression soignée, en particulier à l'écrit, préférer : marche ; marcher, aller à pied. Remarque Marche à pied a probablement été formé par analogie avec course à pied, opposé à course automobile, course cycliste, course hippique, course au large, etc. 2. Pied/ patte. Pied (chez l'être humain) = partie articulée à l'extrémité de la jambe. Pied (chez l'animal) = extrémité du membre, chez les espèces munies d'onglons ou de sabots. Pied d'un cheval, d'une vache, d'un éléphant. Patte = membre, chez les animaux qui marchent, courent, sautent ou se perchent. Pattes d'un crabe, d'un lièvre, d'une sauterelle, d'un faisan. Remarque Il est d'usage, chez les cavaliers, d'employer jambe pour désigner la patte du cheval. ● pied (expressions) nom masculin (latin pes, pedis) À pied, en marchant. Vieux. Au petit pied, en petit : Un tyran au petit pied. Au pied levé, sans préparation spéciale et sans s'y attendre. Aux pieds de quelqu'un, à genoux ou allongé devant lui. Avoir bon pied bon œil, être en excellente santé ; être vigilant. Avoir les (deux) pieds sur terre, avoir du bon sens, être réaliste. Avoir pied, pouvoir se tenir debout, la tête hors de l'eau, les pieds reposant sur le fond. Avoir un pied dans la tombe, être sur le point de mourir, être très vieux. Avoir un pied quelque part ou dans la place, avoir réussi à s'introduire dans un milieu fermé, y avoir quelque influence. Familier. Bête comme ses pieds, d'une grande stupidité. Familier. Ça te fera les pieds, c'est bien fait pour tes pieds, cela t'apprendra à vivre ; c'est bien fait pour toi. Familier. C'est le pied ! quel pied !, c'est le sommet du plaisir, c'est extrêmement agréable. Coup de pied, coup donné violemment avec le pied. En pied, en représentant le corps tout entier du modèle debout. (Être) à pied d'œuvre, à proximité immédiate de l'ouvrage en construction ou du travail à faire ; prêt à commencer un travail. Être, se jeter, se traîner aux pieds de quelqu'un, implorer son pardon ; lui être totalement soumis. (Être) sur pied, debout, réveillé ou guéri. Faire des pieds et des mains, employer tous les moyens ; se démener. Faire du pied à quelqu'un, frôler son pied pour attirer son attention ou pour lui exprimer un désir amoureux. Jouer avec les pieds de quelqu'un, en Belgique, se moquer de lui, l'abuser. Lâcher pied, abandonner une position, renoncer à combattre, céder. Familier. Marcher sur les pieds de quelqu'un, chercher à l'évincer, à prendre sa place, à empiéter sur son domaine. Familier. Mettre les pieds dans le plat, faire une gaffe, parler avec indiscrétion d'une question délicate. Mettre pied à terre, descendre de cheval, de voiture ; à bicyclette, à moto, mettre le pied par terre. Mettre sur pied quelque chose, le créer, l'organiser, le mettre en état. Partir du bon pied, entreprendre quelque chose dans de bonnes conditions. Perdre pied, couler ; perdre le contrôle de soi-même ; ne plus savoir que dire, ne plus pouvoir suivre. Pied à pied, pas à pas, graduellement. Pied d'athlète, maladie cutanée localisée entre les orteils et caractérisée par des fissures ou crevasses plus ou moins profondes. Pied bot, malformation congénitale complexe du pied caractérisée par des rétractions tendineuses et musculaires associées à des malformations osseuses, de sorte que l'appui du pied sur le sol n'est plus normalement réparti sur la région plantaire. Pied creux, creusement excessif de la voûte plantaire du pied donnant à celui-ci un aspect cambré. Pied équin, déformation du pied qui, bloqué en hyperextension, ne peut appuyer que sur la pointe et ne repose jamais sur son talon. Pied plat, affaissement de la voûte plantaire responsable d'une augmentation de la surface d'appui plantaire au sol. Prendre pied quelque part, arriver, s'établir solidement quelque part. Populaire. Prendre son pied, éprouver un vif plaisir, en particulier un plaisir sexuel intense. Remettre sur pied, rétablir la santé de quelqu'un, une affaire ou une situation compromise. Reprendre pied, retrouver le contrôle de soi-même, la suite de ses idées, d'un raisonnement. Retomber sur ses pieds, se tirer à son avantage d'une situation fâcheuse ou délicate. Sauter à pieds joints, les deux pieds proches l'un de l'autre. Sauter à pieds joints sur, dans quelque chose, s'y précipiter. Familier. S'être levé du pied gauche, être de mauvaise humeur dès le matin. Souhaiter être à cent pieds sous terre, avoir envie de se cacher par confusion. Sur le même pied, sur un pied d'égalité, sur le même plan, en accordant la même valeur, la même importance. Sur le pied de guerre, prêt à combattre ; prêt à agir, à partir. Sur pied, avant que le végétal ne soit fauché, moissonné ou cueilli. Sur un bon pied, dans une bonne situation. Vivre sur un grand pied, avoir un grand train de vie, dépenser beaucoup. Pied mère, plante cultivée, après sélection, pour la production de boutures ou de greffons. Pied de fonte, petite enclume qui sert pour la réparation des chaussures. Pied dans la main, synonyme de détiré. Pieds (et) paquets, tripes de mouton farcies, ficelées et mijotées dans un bouillon aux légumes et au vin blanc. (Spécialité de Marseille.) Mise à pied, suspension temporaire du contrat de travail à l'initiative de l'employeur, constituant une mesure disciplinaire (faute du salarié) ou économique (entreprise en difficulté ou fermée temporairement) ou précédant une mesure de licenciement pour motifs personnels. Blanc de pied, marge située au bas d'une page imprimée. Pied de bielle, extrémité d'une bielle, articulée sur une crosse qui se déplace entre deux glissières ou sur l'axe d'un piston. Pied à coulisse, instrument de mesure constitué d'une règle graduée, de deux becs de serrage et d'un coulisseau muni d'un vernier, permettant de déterminer une épaisseur ou un diamètre avec précision. Pied de guerre, pied de paix, état d'une armée, d'une formation militaire ou d'un pays, suivant qu'ont été prises ou non les mesures nécessaires à leur intervention dans un conflit. Pied de pilote, distance entre la partie inférieure d'un bâtiment et le plafond du chenal. Pêche de pied ou pêche à pied, genre de pêche consistant à piétiner le sable à basse mer, afin de faire sortir les coquillages. ● pied (synonymes) nom masculin (latin pes, pedis) Partie terminale du membre inférieur, articulée avec la jambe, permettant...
Synonymes :
- arpion (argotique)
- panard (populaire)
- peton (familier)
Partie d'un objet, de quelque chose qui est le plus près...
Synonymes :
- bas
Chorégraphie. Pied dans la main
Synonymes :
- détiré
Synonymes :
- Métrique. syllabe - Métrologie. foot

pied
n. m.
aA./a
rI./r (Chez l'homme.)
d1./d Partie du membre inférieur qui, posé sur le sol, supporte le corps en station debout et sert à la marche. Pied droit, gauche.
Marcher pieds nus. être nu-pieds.
Avoir les pieds plats, un pied bot.
Loc. adv. à pied sec: sans se mouiller les pieds.
Loc. fig. Pieds et poings liés: réduit à l'impuissance.
Loc. De pied en cap: V. cap.
Coup de pied: coup donné avec le pied.
|| Loc. (avec mettre). Je n'y ai jamais mis les pieds: je n'y suis jamais allé. Mettre le pied dehors: sortir. Mettre pied à terre: descendre de cheval, de voiture, de bateau, etc.
Fig., Fam. Mettre les pieds dans le plat: V. plat 2.
(Québec) Se mettre les pieds dans les plats: V. plat 2.
|| Aux pieds de qqn, par terre, juste devant ses pieds.
Se jeter aux pieds de qqn (pour se prosterner, marquer sa soumission, etc.).
Fig. Il est à ses pieds, il lui est complètement soumis.
|| à pied: en marchant, sans l'aide d'un véhicule. Aimer la marche à pied, les randonnées pédestres.
SPORT Course à pied.
Sauter à pieds joints, les pieds étant serrés, rapprochés.
|| Sur pied: debout.
Dans deux jours ce malade sera sur pied, il sera rétabli.
Fig. Mettre qqch (une affaire, etc.) sur pied, l'établir, l'organiser.
|| Portrait en pied, où le sujet est représenté entièrement et debout.
d2./d Loc. Fam. être bête comme ses pieds, très bête. Jouer comme un pied, très mal.
Faire du pied à qqn, lui toucher le pied avec le sien pour l'avertir, lui signifier un désir amoureux.
|| Loc. fig., Fam. Casser les pieds de qqn, l'importuner, l'embêter.
Mettre à pied: renvoyer. Mise à pied.
Marcher sur les pieds de qqn, empiéter sur son domaine en cherchant à le supplanter; lui manquer d'égards.
(Belgique) Jouer avec les pieds de qqn, abuser de sa bonne volonté.
Retomber sur ses pieds: se tirer avantageusement d'une situation fâcheuse.
Ne pas savoir sur quel pied danser: ne pas savoir quel parti prendre, quelle attitude adopter.
Faire des pieds et des mains: se démener, essayer tous les moyens possibles.
Avoir un pied dans la tombe: être tout près de la mort.
Avoir les deux pieds dans le même sabot ou (Québec) dans la même bottine: être maladroit, manquer d'initiative.
De pied ferme: avec l'intention de ne pas céder. Attendre qqn de pied ferme.
|| Lever le pied: s'enfuir avec la caisse, avec l'argent confié; (dans la conduite automobile) ralentir.
Au pied levé: sans préparation.
d3./d (Après un verbe et sans article.) Avoir pied: pouvoir toucher le fond en gardant la tête hors de l'eau.
Perdre pied: n'avoir plus pied; fig., se troubler, ou ne plus pouvoir se sortir d'une situation fâcheuse.
d4./d Pas; manière de marcher. Pied à pied: pas à pas.
|| Manière de se tenir. Avoir le pied marin: être capable de se tenir sur un bateau en mouvement; fig., savoir louvoyer.
Loc. Avoir bon pied, bon oeil: avoir toute sa santé, toute sa vigueur, toute sa lucidité.
d5./d Le pied du lit (par oppos. à la tête, au chevet): la partie du lit où reposent les pieds.
d6./d (oc. Indien) Membre inférieur, de la hanche aux orteils.
rII./r (Chez l'animal.)
d1./d Extrémité inférieure de la jambe ou de la patte de certains animaux. (V. aussi patte.) Pied de cheval.
|| Loc. fig., Fam. Faire le pied de grue: V. grue.
d2./d Chez certains mollusques, organe musculeux qui sert à la locomotion. Le pied d'un escargot.
aB./a
d1./d Partie d'un objet par laquelle il repose sur le sol, est en contact avec le sol. Le pied d'une échelle.
|| Fig. Mettre qqn au pied du mur, le forcer à prendre parti immédiatement, à agir sur-le-champ.
|| Partie basse d'un relief. Un petit village au pied du mont Cameroun.
|| Loc. à pied d'oeuvre: sur le chantier même, à la base de l'ouvrage en construction.
Fig. Après un an d'étude du projet, les voilà maintenant à pied d'oeuvre.
d2./d (Végétaux) Le pied et le chapeau d'un champignon. Assis au pied d'un baobab.
Récolte sur pied, non encore coupée, non encore cueillie.
|| Plant (de certains végétaux). Pied de salade.
d3./d Partie d'un objet qui sert à le supporter. Les pieds d'un meuble. Verre à pied.
|| Support qu'on adapte à certains instruments (appareils photo, télescopes, etc.).
aC./a
d1./d Anc. Unité de mesure de longueur valant 0,3248 m.
Mesure de longueur anglo-saxonne valant 0,3048 m. Un pied égale douze pouces. Pied carré, pied cube.
d2./d Loc. fig. Au petit pied: en petit, en raccourci.
Vivre sur un grand pied, en faisant beaucoup de dépenses.
Sur le même pied que: sur le même plan que. Sur un pied d'égalité: d'égal à égal.
Armée sur le pied de guerre, préparée, prête à faire la guerre.
Au pied de la lettre: littéralement.
d3./d Par ext., Fam. Prendre son pied: éprouver du plaisir; spécial. du plaisir sexuel.
|| C'est le pied!, le comble du plaisir. Ce concert, quel pied!
d4./d Pied à coulisse: instrument pour mesurer les épaisseurs et les diamètres, constitué de deux becs à écartement variable et d'un vernier.
aD./a Chaque syllabe d'un vers, dans la versification française.

⇒PIED, subst. masc.
1re Section. [Organe d'un être animé]
I. —[Chez l'homme] Partie terminale du membre inférieur, articulée à la jambe par la cheville, terminée par cinq doigts et constituant, de par son aptitude à reposer à plat sur le sol, l'élément principal de la station debout et de la marche. Synon. fam. panard, patte; pop. et arg. arpion, bateau, fumeron, latte, nougat, pince, pinceau, ripaton. Pied droit, gauche; doigts, ongles, plante, voûte du pied; articulations, muscles, phalanges, squelette du pied; pointe des pieds; avant-pied; cou-de-pied. La nuit s'épaississait ainsi qu'une cloison (...) Et je buvais ton souffle, ô douceur, ô poison! Et tes pieds s'endormaient dans mes mains fraternelles (BAUDEL., Fl. du Mal, 1857, p.59). Dans la marche, c'est par le talon que le pied doit d'abord se poser sur le sol et c'est par la pointe qu'il le quitte. (Dans la danse (...) c'est par la pointe du pied que le danseur prendra d'abord contact avec le sol) (BOURGAT, Techn. danse, 1959, p.82):
1. Et puis je jouais avec mes pieds
C'est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
PRÉVERT, Paroles, 1946, p.99.
P. métaph. Ô toi qui, ce soir-là, répandais ton ennui Comme une essence d'or sur les pieds de la nuit (SAMAIN, Chariot, 1900, p.17). La fée de la musique venait elle-même sur ses pieds de soie ancienne (MILOSZ, Amour. init., 1910, p.171).
A. —[Le pied considéré dans son apparence extérieure, les sensations qui l'affectent]
1. [Aspect, dimensions, forme]
a) [Avec caractérisation anat.] Grands pieds; pieds fins, fuselés, larges, maigres, potelés; pieds cambrés, comprimés, déformés. À côté, sur leurs hauts talons, sont les bottines Qui font aux petits pieds ces allures mutines (CROS, Coffret santal, 1873, p.44). Les Chinoises qui ont les pieds enfermés dans des bandelettes dès l'enfance ont besoin du pédicure (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.71):
2. L'exiguïté des mains fuselées, la distinction des pieds étroits, aux doigts terminés par des ongles brillants comme l'agate (...) la jambe un peu longue aux malléoles délicatement modelées rappelaient la grâce élancée des musiciennes et des danseuses représentées sur les fresques...
GAUTIER, Rom. momie, 1858, p.186.
Pied égyptien. ,,Pied caractérisé par un gros orteil plus long que le second orteil, celui-ci étant à son tour plus long que le troisième`` (Méd. Biol. t. 3 1972).
Pied grec. ,,Pied caractérisé par un gros orteil plus court que le second orteil, mais plus long que le troisième`` (Méd. Biol. t. 3 1972).
) [Servant à désigner certains personnages hist. ou myth.]
Berthe au(x) grand(s) pied(s). Ils ont identifié Ma Mère l'Oie à la reine Bertrade (...) à la reine Berthe au grand pied, mère de Charlemagne (A. FRANCE, Livre ami, 1885, p.298).
Mercure aux pieds ailés, qui a des ailes aux pieds. V. aile I.
) Loc. fam.
Pied(s) fourchu(s). V. aussi infra II.
Pieds nickelés. V. nickelé II B.
Pied(-)plat.
b) [Sans caractérisation anat.]
Pied(s) chaussé(s), chaussés de (+ compl.). Marie était tout occupée (...) à marcher bien droit, pour ne pas mettre dans les ornières ses pieds chaussés de souliers blancs (R. BAZIN, Blé, 1907, p.72).
Loc. fig. et proverbiales
(Trouver) chaussure à son pied.
Chaussure à tout pied.
Mettre son pied dans le soulier d'autrui. S'approprier le bien d'autrui. C'est le parc aux cerfs de François Ier dans l'ermitage de Saint-Louis. Chacun a bâti; personne n'a voulu se servir du vieux bâtiment ni mettre son pied dans le soulier d'autrui (MICHELET, Journal, 1834, p.119).
Sortir un pied chaussé et l'autre nu.
Pied(-)noir, nu-pied, pied(s)(-)nu(s). V. nu2. Va-nu-pieds.
Médecin(s), mandarin(s) aux pieds nus. La révolution médicale en Chine et au Nord Viêt-Nam, où l'expérience des fameux «médecins aux pieds nus» lancés sur les routes pour soigner selon d'autres méthodes, et avec un autre état d'esprit, pourrait renouveler notre médecine d'ici (Réalités, janv. 1976, p.75, col. 2). A. Minkowski, ce «mandarin aux pieds nus», (...) dirige son service de médecine néo-natale (Le Nouvel Observateur, 20 sept. 1980, p.3, col.1).
P. méton. Essuyer ses pieds sur un paillasson. La terre gercée résonne sous tous ces pieds cloutés (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p.93).
Pantalon à pied(s).
Pied(-)bleu.(vieilli). ,,Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan`` (LARCH. 1865, p.248). Le pied bleu comme on l'appelle, n'est donc pas trop dépaysé; il ne prête pas longtemps à rire par sa gaucherie, son embarras (E. DE LA BÉDOLLIÈRE, Français peints par eux-mêmes, t.5, L'armée, 1842, p.40).
2. [Déformation, maladies] Cor(s) au(x) pied(s); avoir mal au(x) pied(s); se tordre le pied:
3. Tarkington, pour qui ses pieds douloureux, gonflés, faisaient maintenant de la moindre marche un supplice chinois, dut reconnaître qu'il lui fallait demander son évacuation.
MAUROIS, Sil. Bramble, 1918, p.102.
SYNT. Blessure au(x) pied(s); ampoule, cal, callosité, durillon, engelures au(x) pied(s); entorse, fracture, malformation(s) au pied; se fouler le pied.
a) PATHOL. Pied d'athlète. ,,Affection du pied due à certaines variétés de [champignons parasites], observée d'abord dans les pays tropicaux, puis en Europe (surtout chez les sportifs et les militaires) (...). Elle est caractérisée par un épaississement de la couche cornée de la peau sur les faces latérales des orteils`` (GARNIER-DEL. 1972).
Pied(-)bot. V. bot1. Pied équin. Pied tabétique.
Pied creux. ,,Pied dont la cambrure plantaire est exagérée, soit parce que le calcanéum est placé en talus (pied creux postérieur), soit parce que les métatarsiens ont une obliquité anormale (pied creux antérieur)`` (Méd. Biol. t.3 1972).
Pied de mine. ,,Lésions complexes du pied provoquées, en temps de guerre, par l'explosion de mines. Elles consistent en oedèmes (...), en blessures vasculaires et en fractures multiples`` (GARNIER-DEL. 1972).
Pied plat. ,,Déformation [du pied] caractérisée par un affaissement de la voûte plantaire, s'accompagnant d'une déformation dans le sens latéral`` (LAFON 1969). —(...) Au régiment, on en voit de toutes sortes. Moi j'ai vu des auxiliaires qui avaient les pieds plats... —Mais bon Dieu, quoi, je n'ai pas les pieds plats! (AYMÉ, Jument, 1933, p.196).
b) Loc. fig. Avoir, ôter, (re)tirer une épine du pied; être une épine au pied (de qqn).
3. [Sensations physiques] Pieds brûlants, gelés, glacés, violacés; avoir chaud, froid aux pieds; avoir les pieds mouillés; avoir les pieds au feu, au sec; transpirer des pieds; se brûler les pieds; chauffe-pied(s), couvre-pied(s). Ils étaient encore heureux de se trouver ensemble, les pieds sur les chenets, tisonnant la bûche de décembre, fumant leur pipe (MURGER, Scènes vie boh., 1851, p.176). L'homme regarda les pauvres pieds rouges de Cosette, et continua: —Quand aura-t-elle fini cette paire de bas? (HUGO, Misér., t.1, 1862, p.486).
(Passer, traverser une étendue d'eau) à pied sec. Sans se mouiller les pieds. Les eaux se dressaient en murailles liquides et laissaient libre entre elles un large chemin où l'on pouvait passer à pied sec (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p.340). Un de ces petits couloirs de branches et de bûches qui permettent de traverser à pied sec les fondrières (GIDE, Voy. Congo, 1927, p.748).
Loc. fig., fam. Le pavé lui brûle les pieds. V. brûler I B 1. Les pieds lui brûlent. V. brûler II B.
Tenir (à qqn) les pieds chauds/au chaud. Être attentionné, ardent, empressé auprès de quelqu'un (notamment dans le domaine des relations amoureuses), pour en tirer éventuellement profit. Je voudrais avoir de l'argent pour acheter une maison à Venise ou à Florence ou à Menton, et y vivre avec un chat et une fille qui me tiendrait les pieds chauds (MÉRIMÉE, Lettres Grasset, 1870, p.201).
Arg. de la Bourse. Pieds humides. ,,Coin des alentours de la Bourse où l'on négocie en plein vent des titres sans valeur dont les acheteurs espèrent tirer quelque chose un jour`` (Banque 1963); p. méton., les boursiers qui négocient dans ces conditions. Il tomba sur la petite bourse des valeurs déclassées, les «Pieds humides», comme on appelle avec un ironique mépris ces joueurs de la brocante, qui cotent en plein vent, dans la boue des jours pluvieux, les titres des compagnies mortes (ZOLA, Argent, 1891, p.20). Quand on n'a pas ce flair spécial, il vaut mieux ne pas jouer à la Bourse et ne pas placer son argent dans ces valeurs qui, les trois quarts du temps, finissent «aux pieds humides» (L. DAUDET, Universaux, 1935, p.194).
Pop. [Pour exprimer le bien-être, le repos, la jouissance amoureuse] Avoir les doigts de pieds en éventail. Avoir les doigts de pieds en bouquet de violettes. Voir Le Pt Perret ill. par l'ex., 1985 [1982], p.345.
4. [Hygiène, soins] Avoir les pieds propres, sales; puer (pop.), sentir des pieds; se masser, se frictionner les pieds; prendre un bain de pied. Nul n'aurait su baigner, masser, parfumer Son Altesse et lui brosser les pieds et les chevilles, aussi légèrement qu'il faisait (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p.67 ):
4. Dans la belle saison, leur mère avait l'habitude de se laver les pieds le premier dimanche de chaque mois. Elle installait son baquet au milieu de la cuisine, choisissant le moment où la famille était réunie, afin de compenser l'ennui de cette nécessité hygiénique par l'agrément de la conversation.
AYMÉ, Jument, 1933, p.68.
LITURG. CATH. Le lavement des pieds.
5. P. anal. (d'aspect)
a) [Représentation du/des pied(s)] Pieds d'une statue. Il y a aussi des pieds colossaux:pieds de pierre provenant du Christ du village d'O... (JACOB, Cornet dés, 1923, p.219).
Colosse, géant aux pieds d'argile.
CORDONN. Pied de fer, de fonte. Enclume en forme de pied sur laquelle est placée la chaussure à réparer. Pour écraser la pointe d'un clou malencontreux qui dépasse [à l'intérieur de la chaussure], ou supprimer une aspérité quelconque, un pied de fer peut être utile (Lar. mén. 1926, p.330).
b) P. méton. Pied de bas, de chaussette. Partie du bas, de la chaussette, qui couvre le pied. (Être) en pieds de bas, de chaussettes. Sans chaussures. Les jeunes servantes s'empressent à délacer mes guêtres et mes bottines, me tirant les jambes en tous sens. Et puis, en pieds de bas, je monte dans ma chambre (LOTI, Japoneries, 1889, p.41).
B. —[Le pied considéré comme organe doué de mobilité]
1. [Instrument spécifique de l'appui, de l'assise, du contact avec le sol, de la station debout] Poser le(s) pied(s); être debout sur un pied; le(s) pied(s) se dérobe(nt). On piétinait dans une pâte gluante, dont il fallait, à chaque pas, ressortir. Le pied glissait; la main s'agrippait aux parois (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p.136). Dans cette figure, le danseur tourne sur lui-même, le pied en position servant de pivot (BOURGAT, Techn. danse, 1959, p.107):
5. Je me rappelle seulement que dès son arrivée dans le cirque, après s'être vainement et désespérément retenu sur les pieds, il tomba. Il eut beau se relever; c'était plus fort que lui; il tombait. Il ne cessait pas de tomber.
ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p.171.
a) [Pied est précédé d'une prép.]
[Prép. en]
Vieilli. En pied(s). En se mettant debout. Se lever en pied. Il resta immobile une demi-minute, puis sauta en pieds et courut à la pendule (MÉRIMÉE, Mosaïque, 1833, p.162). Il se dressa en pied, tout effaré (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p.315).
Au fig. [En parlant d'une fonction, d'une prérogative, d'un privilège] En titre. Être en pied dans une administration. Il vit que la réputation d'une dame était en proportion des morts qu'elle avait causées; ainsi Mme de Courteval dont l'amant en pied avait tué deux de ses rivaux (MÉRIMÉE, Chron. règne Charles IX, 1829, p.46). Permettez-moi de vous présenter M. Pleyston, lieutenant en pied de la frégate Le Cambrian (SUE, Atar-Gull, 1831, p.26).
Portrait en pied. Portrait représentant le modèle en entier et debout. Le prince avait, dans le grand cabinet où il recevait en audience, un portrait en pied de Louis XIV (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p.105).
[Prép. sur] Sauter, tomber sur ses pieds; se mettre, se tenir sur un pied, sur ses pieds. Je me présente, modeste, devant Mademoiselle qui bondit sur ses pieds à ma vue (COLETTE, Cl. école, 1900, p.188).
(Marcher, se dresser, se hausser...) sur la pointe des pieds
De manière à ne faire aucun bruit. Se retirer sur la pointe des pieds. La croyant assoupie, il s'éloigna sur la pointe du pied, poussant avec précaution la porte (DUMAS père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.617).
Afin de se rendre plus grand. Elle ouvrit les yeux, se dressa sur la pointe des pieds pour arriver à ma hauteur (FROMENTIN, Dominique, 1863, p.268). De temps à autre, je me soulève sur la pointe des pieds et je regarde anxieusement du côté de la ferme de la Belle-Étoile (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p.25).
Retomber sur ses pieds. Se recevoir adroitement. P. métaph. Vous, vous vous en tirerez toujours. Rappelez-vous ce que me disait l'ambassadeur de Venise l'année dernière: «Ce garçon-là retombera toujours sur ses pieds.» (MONTHERL., Malatesta, 1946, I, 7, p.455). Il ment effrontément et, pris en flagrant délit, il retombe aussitôt sur ses pieds (SARRAUTE, Ère soupçon, 1956, p.25).
[En parlant d'une réalité abstr.] Remarquez aussi la plénitude, l'équilibre, le bon aménagement de sa phrase quand par hasard elle s'allonge un peu, et comme elle retombe «carrément» sur ses pieds (LEMAITRE, Contemp., 1885, p.304).
♦[Pour marquer l'hésitation, la maladresse] Ne pas savoir sur quel pied danser. Il se balança d'un pied sur l'autre, jeta un dernier regard sur le petit malade, et sortit enfin (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p.224). Ils allaient lentement, se dandinant d'un pied sur l'autre (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p.165).
Sur pied
Debout, levé, actif. Hélène passa sur pied cette nuit tout entière (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p.324). On ne causa que des grandes salaisons d'hiver, qui allaient tenir tout le personnel de la charcuterie sur pied (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p.682).
Guéri, rétabli. Bien soignée la maladie suivit son cours normal; c'est-à-dire que j'allais être bientôt remis sur pied (GIDE, Si le grain, 1924, p.424).
Mettre sur pied/mise sur pied
[En parlant d'une armée, d'une troupe] (Action de) recruter, enrôler, mettre en état de combattre. La Russie et l'Autriche avaient conclu un traité d'alliance et mettaient cinquante mille hommes sur pied (SAND, Hist. vie, t.2, 1855, p.120). Il ouvrit la constitution fédérale (...) la mise sur pied d'un corps d'armée dépassant 10000 hommes (GOBINEAU, Corresp. [avec Tocqueville], 1859, p.114).
[En parlant d'un projet, d'une entreprise] (Action de) constituer, élaborer. Je vais trouver Forestier, qui me mettra mon article sur pied en dix minutes (MAUPASS., Bel-Ami, 1885, p.42). Un apport d'argent frais pour mettre sur pied et voir fonctionner sa dernière idée (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p.112).
[Prép. sous] Écraser sous le(s) pied(s). L'homme (...) a besoin du fini et de l'infini, comme il a besoin de la terre qui est sous ses pieds et du ciel qui est sur sa tête (P. LEROUX, Humanité, 1840, p.169). Le sable craquait sous les pieds largement chaussés des deux hommes (R. BAZIN, Blé, 1907, p.323).
Avoir (qqc.) sous les pieds
Avoir à sa disposition, dominer. [Napoléon] avait le monde sous ses pieds et il n'en a tiré qu'une prison pour lui, un exil pour sa famille, la perte de toutes ses conquêtes et d'une portion du vieux sol français (CHATEAUBR., Mém., t.2, 1848, p.641). Jésus triomphera finalement de toute principauté, pouvoir et vertu, et mettra tous ses ennemis sous ses pieds (Théol. cath. t.4, 1 1920, p.335).
Tenir pour quantité négligeable, mépriser, faire fi (de quelque chose). L'homme met rarement ainsi de sang-froid sa conscience sous ses pieds (SAND, Indiana, 1832, p.275). [Louis Bonaparte] se tourne vers les juges inamovibles, et leur dit : — Magistrature, je brise la Constitution, je me parjure, je dissous l'Assemblée souveraine, (...) je pille les caisses publiques, je séquestre, je confisque, je vole, j'escroque, je spolie (...) regardez les lois, elles sont sous mes pieds (HUGO, Nap. le Pt, 1852, p.205).
Couper l'herbe sous le pied.
b) Loc. adv. D'arrache-pied.
c) Loc. verb.
Mettre pied à terre. Descendre de cheval; p.ext., descendre d'un véhicule. Après avoir marché une heure à cheval, par des sentiers pierreux et difficiles, il a fallu mettre pied à terre (MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p.201). J'avais été obligé de mettre pied à terre, et nos montures renâclaient devant les degrés glissants (MILLE, Barnavaux, 1908, p.171).
Subst. Un pied(-)à(-)terre.
Sauter à pieds joints (dans, sur qqc.). V. joint II A 2.
P. métaph. Jusqu'ici, nous n'avions guère compté que la Russie et les peuples slaves; nous avions sauté à pieds joints cette race germanique (QUINET, All. et Ital., 1836, p.23). Il avait son langage, son point de vue, sa sensibilité... Il n'allait pas à pieds joints sauter dans la manière de Matisse, qui a une raison d'être quand on a parcouru le chemin de Matisse, quand elle est un aboutissant (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.196).
♦[Gén. dans une tournure nég.] (Re)mettre, poser les pieds (dans un endroit, chez une personne). Se rendre (à, dans un endroit, chez une personne). Omar n'a jamais mis le pied à Alexandrie, quoi qu'en aient dit bien des Académiciens (NERVAL, Filles feu, Angélique, 1854, p.511). Il y avait longtemps que je n'avais pas mis les pieds chez de vrais bourgeois et cette épreuve me parut réconfortante (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.207).
) [Pour marquer une attitude, un sentiment (colère, mépris...)]
Fouler aux pieds.
Frapper, taper... du pied. Il allait droit et ferme, en long et en large, brusquement, frappant du pied et faisant sonner ses talons éperonnés (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p.161). [La foule] attendait patiemment avec sa sagesse de foule, en toussant et en tapant du pied, les grands hommes du cortège (NIZAN, Conspir., 1938, p.41).
) [Pour marquer la stabilité/le manque de stabilité]
Avoir pied. Pouvoir se tenir debout, la tête hors de l'eau. Celle-ci disparut un instant sous l'eau, quoiqu'elle eût pied à cet endroit (SUE, Fleur de Marie, 1857, p.79).
P. métaph. Arcangeli, las d'un état, où d'infimes occupations le tenaient encore, comme suspendu par les cheveux, mais sans avoir pied nulle part, et toujours au bord d'une disgrâce, demanda à accompagner le comte en qualité de truchement (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p.179).
Perdre pied. S'enfoncer dans l'eau, se noyer. Elle (...) gravit les degrés sous-marins, velus et glissants, où elle faillit perdre pied quatre fois, puis elle sortit de l'eau (BOYLESVE, Leçon d'amour, 1902, p.105).
P. métaph. L'amour complet de soi doit perdre pied et se noyer dans l'océan du moi (BLONDEL, Action, 1893, p.199).
Au fig. Perdre contenance, ne plus maîtriser les événements, la situation. Hier au soir, a eu lieu à Genève un concert qui m'aurait intéressé ainsi que la grande réunion de la matinée. L'absent perd pied et n'apprend rien que trop tard (AMIEL, Journal, 1866, p.232). Un flot de colère empourpra la face du baron. Lui si calme, si goguenard devant la menace du scandale (...) perdait pied, le sang en tempête, dès qu'il s'agissait de cette fille (ZOLA, Paris, t.1, 1897, p.30).
Lâcher le pied (vieilli), lâcher pied. [En parlant d'une armée] Céder du terrain, reculer devant l'ennemi. La bataille durait depuis none, quand ceux de Bruges lâchèrent le pied et tournèrent le dos (BERTRAND, Gaspard, 1841, p.147). Les Vendéens étaient repoussés de Nantes (...) culbutés hors de Cholet (...) ils lâchaient pied à Châtillon (HUGO, Quatre-vingt-treize, 1874, p.83).
P. ext. Cesser de lutter (contre quelqu'un, quelque chose). Synon. flancher. C'est une appendicite souvent grave car elle se complique facilement de péritonite, évolue rapidement et l'enfant lâche pied très vite (QUILLET Méd. 1965, p.157).
(Re)prendre pied. S'établir solidement (sur un terrain, dans un lieu). C'était aller à l'opposé de cette portion de la côte sur laquelle Cyrus Smith avait pu prendre pied (VERNE, Île myst., 1874, p.20). Avec le consentement de Vichy, les Allemands ont commencé à prendre pied au Levant (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p.418).
Au fig. Avec les années, cette bonne avait pris pied dans la maison. Elle finissait par gouverner l'intérieur, le père et la fille (GONCOURT, G. Lacerteux, 1864, p.22). Le Croisic, avec ses maisons de pierre et ses balcons sculptés, a l'air d'une miniature de Nantes; un moment, le protestantisme y prit pied (VIDAL DE LA BL., Tabl. géogr. de Fr., 1908, p.322).
Avoir un pied dans (tel endroit). Synon. de prendre pied. Si elle parvenait à s'emparer de Corfou, elle aurait un pied dans la Grèce et serait maîtresse même du golfe (CAULAINCOURT, 1812 ds Rec. textes hist., p.168).
Au fig. Alexandre a un pied dans le lit de cet homme; il y exerce le droit du seigneur sur la prostitution (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, III, 3, p.181).
Lang. de la public. Villa, résidence... (les) pieds dans l'eau. Villa, résidence... située tout au bord de la mer. En vacances à Malte, on loge très volontiers et très facilement chez l'habitant. Une façon d'éviter autant que possible les grands ensembles «pieds dans l'eau» (Le Nouvel Observateur, 10 juill. 1978, p.74, col. 2).
(Ne pas) avoir les pieds sur terre. (Ne pas) avoir un esprit concret, positif, réaliste. Toi, naturellement tu le croyais amoureux d'une fleur. Jolie fleur, en vérité. Oh! c'est trop commode d'être botaniste, on vit dans les nuages, on n'a pas les pieds sur terre (L. DE VILMORIN, Belles am., 1954, pp.134-135).
Avoir, garder... un pied dans chaque camp. Être en bons termes avec deux partis rivaux, se ménager le soutien de chacune des deux parties. Il m'était difficile d'imiter ceux de mes collègues qui avaient un pied dans chaque camp, et qui, en dînant du ministère, se ménageaient la ressource de souper de l'opposition (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p.388). Pour réussir dans l'entreprise de faire revenir Odette chez elle, Mme Verdurin n'employa pas bien entendu les «ultras», mais les habitués moins fidèles qui avaient gardé un pied dans l'un et l'autre salon (PROUST, Temps retr., 1922, p.732).
2. [Instrument spécifique du déplacement, de la marche]
a) [Pied est précédé d'une prép.]
[Prép. à] Aller, marcher, partir, voyager... à pied; gagner au pied; marche à pied (v. marche2 I A 3); à pied, à cheval et en voiture; loger à pied et à cheval. Laissons la voiture pour gravir à pied une pente boisée (BORDEAUX, Fort de Vaux, 1916, p.46). Je remontais à pied les Champs-Élysées (MAURIAC, Journal 2, 1937, p.182):
6. Pourquoi dire où j'allais? Qu'importe! Je suivais à pied le bord d'une rivière, et j'apercevais au loin les trois clochers d'une église ancienne au-dessus d'une petite ville où j'arriverais tantôt.
MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Jour de fête, 1886, p.1054.
SPORTS. Course à pied. La ville sacrée recevait tous les cinq ans des jeunes sportives disputant une épreuve de course à pied dans le cadre des Jeux Héréens, véritables jeux féminins (Jeux et sports, 1967, p.1292).
DÉFENSE MILIT. Chasseur à pied. Militaire qui sert dans l'infanterie. Le 3e bataillon de chasseurs à pied (...) s'est battu sur tous les fronts (BORDEAUX, Fort de Vaux, 1916 p.94).
Pêche à pied. ,,Recherche des poissons dans le sable, des coquillages et des crustacés dans les rochers, des crevettes en poussant le filet spécialisé`` (POLLET 1970; dict. XIXe et XXes.). Synon. pêche de pied (infra).
Au pied levé. V. lever1 I.
[Prép. de]
Vieilli ou littér.
Aller de pied. Marcher. Ils m'ont narré (...) qu'ils voulaient aller de pied jusqu'à Toulon (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p.651).
Gens de pied(s). Fantassins. Les archers et les gens de pied se retranchèrent, comme à la coutume, derrière leurs pieux aiguisés (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t.4, 1821-24, p.413). Renaud trouva onze princes, treize cents chevaliers et seize mille gens de pieds (MAUROIS, Sil. Bramble, 1918, p.252).
Pêche de pied. Synon. de pêche à pied. (Dict. XIXe et XXes.).
Valet de pied.
b) Loc. adv., adj., subst. À cloche-pied. Haut(-)le(-) pied.
c) Loc. verb.
Avoir (toujours) le/un pied en l'air, le/un pied levé, le/un pied qui remue. Être (toujours) prêt à partir, à se déplacer. L'idée de t'appeler [Flaubert] à Rouen pour vingt minutes au passage m'est bien venue. Mais tu n'as pas, comme moi, un pied qui remue, et toujours prêt à partir (SAND, Corresp., t.5, 1867, p.229). Il serait dangereux de laisser trop longuement à tout ce monde-là le pied en l'air (CLAUDEL, Soulier, 1944, 2e part., 1, p.1043).
Vieilli. Donner un coup de pied (jusqu'à un endroit); aller quelque part d'un coup de pied. Se rendre dans un endroit relativement proche. Synon. faire un saut (jusqu'à un endroit). C'était rare qu'il laissât s'écouler la semaine sans donner un coup de pied jusqu'au journal en sortant de son ministère (COURTELINE, Linottes, Canaille, 1888, p.225).
Lever le pied. V. lever1 I A 2.
Mettre un pied devant l'autre. Avancer, se déplacer. Ces grisettes emmenées à la campagne pour la première fois de leur vie, qui (...) ne peuvent mettre un pied devant l'autre sans découvrir une fleurette (COURTELINE, Linottes, 1912, p.91). À mettre un pied devant l'autre on risque gros (tomber dans un trou, se donner une entorse, se casser le nez...) (L. FEBVRE, Entre Benda et Seignobos, [1933] ds Combats, 1953, p.96).
Ne plus pouvoir mettre un pied devant l'autre. Être fatigué au point de ne plus pouvoir avancer. Il monte en se traînant et nous confie (...) qu'il a cru un instant qu'il ne pourrait mettre un pied devant l'autre dans la rue (GONCOURT, Journal, 1860, p.701).
Mettre les pieds dans le plat. V. plat2.
Mettre les pieds dans la vigne du Seigneur.
Mettre les pieds sous la table.
Traîner les pieds. Avancer avec peine; p. ext., renâcler (à faire quelque chose). Synon. traîner les bottes. Chacun se mit à étouffer sous le sac, à traîner des pieds pesants et meurtris (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p.53). Vers le soir, les hommes traînaient les pieds. Mais il était difficile de deviner s'ils avaient des pensées plus graves que celles d'un soir de grande marche (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p.91).
3. [Instrument d'une action]
a) [Pied est précédé de la prép. à, déterminant un subst. désignant un instrument, un mécanisme, une machine] À pied. Qui se manoeuvre à l'aide du pied. Pour les personnes possédant une machine [à coudre] à pied, et qui, pour des raisons de santé, ne pourraient la faire marcher sans risquer de gros accidents, il a été créé aussi un petit moteur (Lar. mén. 1926, p.781). La direction était manoeuvrée par une espèce de guidon, et il y avait frein à pied et frein à main (P. ROUSSEAU, Hist. techn. et invent., 1967, p.344).
b) Loc. à valeur propre et fig.
Appel de/du pied. Ceux qui attendent des appels de pied et des sonneries de clairon se trompent en se tournant vers moi (J.-R. BLOCH, Dest. du S., 1931, p.29). Les grèves prennent souvent le caractère d'un avertissement, d'un appel du pied au gouvernement et à l'opinion publique (Traité sociol., 1967, p.497).
Faire du pied (à qqn) (v. faire1). Hortense me faisait du pied sous la table (BENOIT, Atlant., 1919, p.217). Elle avait très bonne tenue tout en faisant du pied sous la table aux amis du vieux banquier qui lui plaisaient (PROUST, Fugit., 1925, p.591).
c) En partic.
) [Instrument d'une action violente, d'une lutte] Allonger, envoyer, flanquer... son pied au cul, au derrière, aux fesses; écarter, repousser... du pied; lutter avec les pieds et les mains; tenir le pied sur la gorge. Si vous saviez? Vous chasseriez du pied celle que vous appelez votre épouse! (BOREL, Champavert, 1833, p.26):
7. ... file tout de suite, et estime-toi heureuse que je sois embarrassée, car je t'aurais déjà fichu mon pied quelque part. Comme si, brusquement, cette menace se réalisait, Catherine reçut dans le derrière, à toute volée, un coup de pied...
ZOLA, Germinal, 1885, p. 1332.
P. métaph. Les Turcs (...) se contentent, dans leur politique, d'écarter du pied l'ennemi qui leur fait ombrage (LAMART., Voy. Orient, t.2, 1835, p.111). Cela nous permettra de parler de quelques amours plus connus que bons à connaître, pour leur donner du pied au derrière (SAND, Corresp., t.4, 1855, p.68).
Coup de pied. P. métaph. Newton donne (...), si j'ose dire, un coup de pied à son système (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p.342).
Coup de pied de Vénus. Maladie vénérienne. Vénus parfois vous donne De méchants coups de pied qu'un bon chrétien pardonne, Car, s'ils causent du tort aux attributs virils, Ils mettent rarement l'existence en péril (G. BRASSENS, Poèmes et chansons, Le Bulletin de santé, Paris, Éd. musicales, 57, 1973 [1966], p.302). Voir CARABELLI, [Lang. fam.], s.d.
Ne pas se donner de coup de pied. Se vanter complaisamment. (Dict. XXes.).
Marcher sur le(s) pied(s) (de qqn). V. marcher1 II A 3 a.
) [Instrument d'une action sportive] Il est indispensable que le sauteur amène automatiquement —et sans hésitation —son pied d'appel sur la planche d'appel, et ceci avec la plus extrême précision (R. VUILLEMIN, Éduc. phys., 1941, p.144). Il reçoit directement le ballon sur un coup de pied de but, un coup de pied de coin, une rentrée de touche (J. MERCIER, Football, 1966, p.24).
SYNT. Pied d'appui, d'impulsion (course, saut); balle au pied, coup de pied retourné, de réparation, à suivre; tirer du (pied) gauche, droit (footb., rugby); cale-pieds (cycl.); appel du pied, sauter à pieds joints, battements de pieds (natation); appui pieds-barre, pieds-mains (gymn.) (v. PETIOT 1982).
Spécialement
ALPIN. Pied amont, aval. [Dans une pente, les pieds étant perpendiculaires au sens de la pente] Pied amont. Pied dirigé vers la montagne. Pied aval. Pied dirigé vers la vallée. Voir BESSIÈRE, L'Alpinisme, 1968, p.56 ds QUEM. DDL t.27.
AUTOMOBILE
Pied au plancher (v. plancher1). Piloter pied au plancher (L'Équipe, 2 août 1965, ds QUEM. DDL t.27).
En avoir, en garder sous le pied. Conserver une réserve d'accélération. «En garder sous le pied», pour employer le langage des coureurs automobiles (L'Équipe, 17 sept. 1969, ds QUEM. DDL t.27).
Lever le pied. V. lever1 I A 2.
CYCL. Baisser de pied. Pédaler mollement. Il recommencera ce manège jusqu'à ce que Scieur baisse de pied (L'Auto, 10 juill. 1919 in Lapaille ds QUEM. DDL t. 9).
DANSE. Passe-pied.
ÉQUIT. Avoir le pied à/dans l'étrier.
4. [Pour exprimer l'état physique, moral d'une pers.: stabilité, force physique, vigilance, vivacité, etc.; ou inversement: gaucherie, inertie, maladie, mort; pied (partie du corps prise pour le tout) empl. dans des loc. méton.]
(Avoir) bon pied, bon oeil.
(Se lever, partir...) du bon (v. bon1 I A 1 b), du mauvais pied; du pied droit, gauche. Être dans de bonnes, de mauvaises dispositions. Il faut, dit un des assistants, que vous soyez sorti de votre maison du pied gauche ce matin, ou que vous ayez rencontré une corneille, pour assombrir le coin du feu par des images d'autant plus tristes qu'elles sont vraies (KARR, Sous tilleuls, 1832, p.279).
(Ne pas) avoir, rester les deux pieds dans le même sabot, le même soulier. (Ne pas) être gauche, (ne pas) manquer d'énergie, d'initiative. (Ds Lar. Lang. fr.).
Ne bouger, ne remuer ni pied(s) ni patte(s). Être réduit à l'immobilité la plus absolue. Ce bougre-là ne desserrait pas les dents de toute la sainte journée et restait au bord du ruisseau sans remuer ni pieds ni pattes (CLADEL, Ompdrailles, 1879, p.142).
Ne pas se moucher du pied.
S'emmêler les pieds. S'empêtrer, trébucher; au fig., s'embrouiller. (Ds REY-CHANTR. Expr. 1979).
a) En partic.
) [À propos de la naissance]
Faire des pieds neufs. ,,Accoucher`` (Ds REY-CHANTR. Expr. 1979).
Les petits pieds font mal aux grands. ,,La future mère supporte mal la grossesse`` (Ds REY-CHANTR. Expr. 1979).
) [À propos de la mort]
Avoir le/un pied dans la fosse, dans la tombe.
(S'en aller, partir...) les pieds devant/en avant/les premiers. Être mort, être porté en terre. Je puis dire à Votre Excellence qu'il ne sortira que les pieds les premiers de la citadelle (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p.420):
8. HUGO: Si on me remplace, je quitterai le Parti. OLGA: Qu'est-ce que t'imagines? Crois-tu qu'on peut quitter le Parti? Nous sommes en guerre, Hugo, et les camarades ne rigolent pas. Le Parti, ça se quitte les pieds devant.
SARTRE, Mains sales, 1948, 5e tabl., 1, p.180.
) [Pour caractériser une manière de marcher, de se tenir, de se comporter face à certaines situations] Avoir le pied joyeux, timide, sûr; Achille au pied léger. Comment s'arrange-t-il [l'alpiniste aveugle] aux passages dangereux? —Oh! il a le pied montagnard (A. DAUDET, Tartarin Alpes, 1885, p.187). Elle allait d'un pied pressé, tandis qu'il allongeait ses grandes jambes comme s'il devait, à chaque pas, traverser un ruisseau (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Diable, 1886, p.237).
(Attendre qqn, qqc., tenir) de pied ferme. V. ferme1 I B 1 a.
Avoir le pied marin. V. marin1 C.
(S'en aller, partir...) du même pied (que qqn). Avoir une démarche égale à celle de quelqu'un. Synon. tenir pied (infra). Partant à chaque pas du même pied, je doublais par cette allure contrainte l'effort et le chemin (DUSAULX, Voy. Barège, t.1, 1796, p.250).
P. ext. Il est difficile que deux projets si différents aillent du même pied (Ac. 1798-1935).
Faire des pieds et des mains. V. main 1re section I H 4 d.
(Combattre, lutter, résister...) pied à pied. (Combattre, lutter...) pas à pas, fermement; céder le moins de terrain possible.
[En parlant d'une armée, d'une troupe] Ces communes du temps de Charles VII, lesquelles, avec la petite noblesse de province, reconquirent pied à pied, de sillon en sillon, le sol de la France (CHATEAUBR., Mém., t.1, 1848, p.484). Une défense locale qui disputait isolément, pied à pied, chaque pouce de terrain (VALÉRY, Variété IV, 1938, p.78).
P. métaph. Les deux génies, germanique et latin, se disputent pied à pied la possession des territoires et des âmes (BARRÈS, Serv. All., 1905, p.5). Parmi les adversaires du jansénisme, écrit le R. P. Boulay, «les uns, d'une nature plus ardente, combattaient l'erreur, pied à pied, par la plume et par la parole (...)» (BREMOND, Hist. sent. relig., t.4, 1920, p.308).
Tenir pied à boule.
Tenir pied (à qqn) (rare). Aller à la même allure (que quelqu'un). (Ds ROB., Lar. Lang. fr.). Synon. aller du même pied.
b) Loc. pop. et fam.
Casser les pieds (à qqn). Ennuyer, importuner.
Subst. inv. Un(e) casse-pieds.
Faire les pieds (à qqn). (Lui) donner une bonne leçon, (le) remettre à sa place. Lola avait l'air absent, il eut envie de la faire souffrir un peu, pour lui faire les pieds (SARTRE, Âge de raison, 1945, p.36). Ça lui fera les pieds, cria Jany (...) il ne sera pas le premier qui ira en tôle pour sabotage (VIALAR, Hte-mort, 1951, p.45).
C'est pour ses pieds. Ça le regarde; ça lui apprendra. Synon. c'est pour sa pomme. Voir ESN. 1956.
C. —[Pied dans des expr., des loc. à valeur symbolique]
1. [Pour exprimer la puissance, l'autorité de qqn; les expr. évoquent des attitudes, des situations partic.: admiration, respect, soumission, etc.] Baiser les pieds; tomber, se jeter aux pieds de (qqn); déposer (qqc.) aux pieds de (qqn); s'agenouiller, se réfugier aux pieds de (qqn). La voilà donc, cette orgueilleuse, à mes pieds! se dit Julien (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p.418). Pourquoi suis-je ici? C'est pour mettre à vos pieds mon amour, mon sort, ma vie (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p.156):
9. Vous ne savez pas de quelle façon il l'aime... Vous l'avez vu... Il a l'air d'un homme froid. Cela ne l'empêche pas de se traîner parfois aux pieds d'Odette en sanglotant comme un enfant...
SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p.160.
[Le suj. désigne un chien] Venir au pied. Venir, sur l'injonction du maître, du dresseur, se placer à ses pieds. (Ds Lar. Lang. fr.). Au pied!
2. [Pour exprimer un état d'infériorité, une situation dévalorisante, dégradante]
Avoir un boulet au pied.
Pieds et poings liés. V. lier I A 1 a.
DR. Mettre (qqn) à pied; mise à pied. (Action de) destituer, de renvoyer, de retirer (à quelqu'un) son emploi, de façon temporaire. Synon. suspendre, suspension. Une mise à pied enseigna à notre inspecteur à faire plus exactement son service (LARCH. 1865, p.247). Une révolution aussi complète qu'inattendue est venue le même jour et du même coup (...) exiler le maître, mettre à pied les hommes (LA HÊTRAIE, Chasse, vén., fauconn., 1945, p.172):
10. La belle Normande eut peur, recula, pendant qu'il s'écriait: —Je vous mets à pied pour huit jours! Je vous ferai retirer votre permission, entendez-vous! (...) Quand les Méhudin eurent rendu les dix francs, il les obligea à cesser la vente immédiatement.
ZOLA, Ventre Paris, 1873, p.723.
3. [Le pied considéré comme l'extrémité inférieure du corps, et souvent opposé à la tête, symbolisant la pensée, la réflexion]
a) [Avec une connotation dépréc., péj.]
(Être) bête comme ses pieds. V. bête2 A 4 a.
(Faire qqc.) comme un pied. D'une manière gauche, maladroite. Mon cher, vous faites l'absinthe comme un pied, et quand on fait l'absinthe comme un pied, on prend un parti énergique. On attend le retour de l'averse, on met les verres sous une gouttière, et la question est tranchée (COURTELINE, Gaîtés esc., 1886, VII, 2, p.99). La belote, j'y joue comme un pied (AYMÉ, Quatre vérités, 1954, p.168).
P. méton. Pied. Imbécile. Lis-le [un manuscrit] et si tu veux prendre la suite du pied qui m'a torché ce machin-là (...) il y a pour toi deux mille balles (CARCO, Montmartre, 1938, p.130).
b) [Sans connotation péj.] De pied en cap. V. cap1 A.
Des pieds à la tête, de la tête aux pieds. Entièrement. Dévisager, examiner, inspecter, regarder, toiser... qqn de la tête aux pieds; être frissonnant, glacé, trempé des pieds à la tête; être vêtu de noir des pieds à la tête. M. de Château-Renaud, beau jeune homme de trente ans, gentilhomme des pieds à la tête (DUMAS père, Monte-Cristo, t.1, 1846, p.574):
11. ... je me suis peut-être fait examiner dix fois depuis qu'il vient quotidiennement à l'hôtel. Chaque fois, il s'y est prêté avec la même patience, m'auscultant des pieds à la tête, avec tous ses instruments, et y perdant un bon quart d'heure.
ROMAINS, Knock, 1923, III, 3, p.16.
L'arme au pied. Position d'attente, de repos du soldat. Tout le régiment est massé, l'arme au pied (VERCEL, Cap. Conan, 1934, p.15). Des sentinelles, l'arme au pied, formèrent une sorte de haie au fond de la salle (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p.292).
c) P. anal. Partie avant du lit (opposée à la tête). Madame de Villanave (...) vêtue d'une robe de chambre, se tenait debout au pied du lit, un revolver à la main (MAURIAC, Noeud vip., 1932, p.89).
II. —[Chez l'animal] Partie terminale de la jambe des équidés, de la patte de certains insectes, mammifères, oiseaux. Pied de biche, de chèvre, de lièvre; sabot du pied. Ces petits râles à pieds verts qui sont toujours si gras (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p.376). À peine sentais-je, à la surface de ma fourrure profonde, les petits pieds agaçants de ces mouches que tu poursuis (COLETTE, Dialog. bêtes, 1905, p.9):
12. Marsyas, nous dit M. Crottu, avait la face bestiale, le nez camus, la chevelure inculte, des cornes au front, les oreilles longues et velues, une queue de cheval et des pieds de bouc.
A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p.316.
SYNT. Pied de cerf, de chevreuil; pied de boeuf, de mouton, de veau; pied d'autour, d'épervier, de faucon, de gerfaut (fauconn.); animal à deux, à quatre pieds, à pieds fourchés, fourchus (v. fourchu), palmés; ergot, griffe du pied; maladie du pied de mouton (v. piétin).
Bétail, viande sur pied. Bêtes de boucherie encore vivantes. Des quintaux de viande sur pied (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p.188).
Loc. fig. (Donner, recevoir) le coup de pied de l'âne. Faire le pied de grue. V. grue1 B 2. Tirer, emporter pied ou aile de qqc. V. aile1 III B 4.
(Écriture en) pieds de mouche. Synon. vieilli de pattes de mouche (v. mouche I C 7). Une petite lettre écrite (...) d'une jolie écriture en pieds de mouche (MÉRIMÉE, Double mépr., 1833, p.19). Après avoir fait, chaque nuit, six heures de pieds de mouche, je suis bien aveuglée et bien roidie du bras droit pour écrire quelques lignes dans la journée (SAND, Corresp., t.2, 1842, p.206).
A.En partic.
1. [En parlant de certains animaux]
a) [Chez le cheval] Fourchette, sole du pied; pied cagneux, cerclé, comble (v. comble2), encastelé, panard; fourbure du pied; changement de pied (équit.). Je n'entendis plus que la pluie et les pieds de mon cheval, qui pataugeaient dans les ornières (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p.30). Les coups sourds des pieds du cheval, sur la litière (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p.251).
Le pied à l'étrier.
Le pied du montoir/hors du montoir. Le pied avant gauche/droit. (Dict. XIXes.; QUILLET 1965).
Faire feu des quatre pieds. V. feu1 I A 2 a.
Faire pied neuf. Avoir une nouvelle corne qui pousse sur le sabot dessolé. (Ds LITTRÉ, QUILLET 1965).
Galoper sur le bon, le mauvais pied; sur le pied droit, gauche. Au galop, lever en premier le pied droit, le pied gauche. (Dict. XIXe et XXes.).
Manquer des quatre pieds. Faire un faux pas. Dans sa lutte avec son cavalier (...) il lui arriva ce qui arrive toujours aux rosses en pareil cas, il tomba, comme l'on dit, en manquant des quatre pieds (MÉRIMÉE, Chron. règne Charles IX, 1829, p.38).
Loc. fig., fam. Ne pas se trouver sous le pied d'un cheval. Ne pas se trouver facilement. Synon. usuel ne pas se trouver sous le sabot d'un cheval. Un honnête homme ne se trouve pas sous le pied d'un cheval (AUGIER, Ceint. dorée, 1855, p.362).
b) [Chez les mollusques] Prolongement musculaire servant au déplacement. Pied d'un escargot. On a comparé ces sortes de bras au pied des mollusques (BOULE, Conf. géol., 1907, p.76).
c) ORNITHOLOGIE
Pied-rouge. ,,Nom populaire du chevalier gambette ou arlequin`` (DUCHARTRE 1973). Le miroir sans tain de la Prée, frissonnant sous l'envol (...) des pieds-rouges (VIALAR, Odeurs et sons, 1953, p.12).
Pied-vert. Chevalier cul-blanc (...) appelé aussi (...) Pied-vert, Pivette (...) Quelques-uns se cantonnent sur le bord de la mer (COUPIN, Animaux de nos pays, 1909, p.98).
d) VÉNERIE
) Patte d'un gibier. Faire les honneurs du pied. V. honneur II A. Lever le pied du cerf. V. lever1 I B 2.
) P. méton. Empreinte laissée au sol par un gibier que l'on chasse (cerf, chevreuil, sanglier...). Repérer, suivre les pieds d'un cerf. Si le piqueur (...) s'est assuré que la bête n'en est pas sortie [de l'enceinte] (ce qu'il est possible de savoir par le «pied», car aucun animal ne possède la même empreinte) il peut alors dire qu'il l'a «détournée» (VIALAR, Rendez-vous, 1952, p.244).
Faire le pied. Évaluer l'espèce, l'âge, la taille... d'une bête en examinant ses empreintes. [La Frondée à son maître] —Monsieur, j'ai détourné un cerf. Puis, ayant fait le pied, il dit ce qu'était la bête de chasse (VIALAR, Rendez-vous, 1952 p.34). Je m'aperçois que ce n'est pas la peine de tuer les animaux, mais je fais toujours le «pied», c'est-à-dire que je m'en vais au petit matin reconnaître les traces (H. VINCENOT ds Télé 7 jours, 9-15 févr. 1985, n°1289, p.79).
Prendre le pied. ,,En parlant du veneur, suivre la voie d'un grand animal`` (BURN. 1970).
2. ART CULIN.
a) Cette partie de l'animal (de boucherie) utilisée et préparée comme aliment. Pieds de cochon, de porc grillés, panés; pieds de veau vinaigrette; pieds de mouton sauce poulette; pieds farcis. Mettez dans l'ustensile dit pot-au-feu, six oignons blancs (...) une douzaine de carottes rouges (...) et deux pieds de veau (Gdes heures cuis. fr., L. Tendret, 1896, p.201). Marchands de pieds de porc (...) de fromages, de salades (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p.20).
Pieds-paquets. ,,Pieds de mouton mélangés avec des morceaux de panse de mouton farcis et ficelés en petits paquets, le tout assaisonné d'une sauce fort relevée`` (CHAUD. 1970). Un concentré de poissons dont madame Roux avait le secret, ou une bouillabaisse (...) ou des loups ou des rougets de roche, ou des pieds-paquets (CENDRARS, Homme foudr., 1945, p.97).
b) Vieilli. Petits-pieds. Petit gibier à plumes qui se mange rôti. Voir DELVAU 1867, p.513.
B.P. anal. (d'aspect). Objet, partie d'objet rappelant par sa forme un pied d'animal. Des fauteuils à pieds de lion, dont le coussin débordait sur le dossier (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p.318). Été comme hiver, il est pantalonné de drap militaire et muni de cette prolongation de l'étoffe sur la chaussure qu'on appelait autrefois «pieds d'éléphant» (L. DAUDET, Salons et journaux, 1917, p.79).
Rem. Les subst. comp. de pied + subst. désignant un animal, se trouvent infra 3e Section.
III.P. anal. (de fonction)
A. —Partie d'une chose qui repose sur le sol, qui est en contact avec le sol. Le pied d'une butte, d'une colline, d'une échelle, d'un mât; s'agenouiller, se prosterner au pied d'un autel, d'une croix, d'un trône; se trouver au pied de l'échafaud. C'est au pied de ce Capitole, où vinrent expirer tant d'empires, que j'ai lu Tite-Live (KRÜDENER, Valérie, 1803, p.141):
13. Une fois dans cette belle cour, les Slavsky prenaient le majestueux escalier de pierre au pied duquel Henriette avait absolument tenu à accrocher une boîte à lettres, comme tous les autres locataires de la maison.
TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.121.
Appartement, maison de plain-pied.
P. anal. Une trombe chaude, une de ces tornades dont le pied en pas de vis ramasse et porte à cent lieues un panache de sable, de graines, d'insectes (COLETTE, Sido, 1929, p.58).
Loc. fig. Être à pied d'oeuvre. Mettre (qqn) au pied du mur.
1. En partic. [En parlant d'un végétal]
a) Partie qui touche le sol, qui sort du sol. Le pied d'un arbre. Une rangée de tilleuls assez malingres au pied desquels pousse une herbe rare (BERNANOS, Crime, 1935, p.867). Le pied [du champignon de couche] montre non loin du chapeau une sorte de collerette, un anneau membraneux (Bot., 1960, p.261 [Encyclop. de la Pléiade]):
14. Représentez-vous les rois de France rendant au pied d'un chêne la justice à leurs sujets, vous serez ému de ce spectacle, et vous révérerez cet exercice auguste et naïf d'une autorité paternelle...
CONSTANT, Princ. pol., 1815, p.28.
Pied(-)bleu (région.). Variété de champignon (Tricholoma). (Ds ROLL. Flore t.11 1967, p.153). On sait cultiver, outre le champignon de couche (...) le pied-bleu (PLANTEFOL, Bot. et biol. végét., t.2, 1931, p.164).
(Bois, céréales...) sur pied. (Bois, céréales...) tels qu'ils se présentent avant la coupe, la récolte, la moisson. Le facteur apporta une lettre chargée (...) «C'est de l'oncle (...) Il est ravi (...) Une récolte superbe, vendue sur pied...» (A. DAUDET, Sapho, 1884, p.206). Nous, on laisse attendre sur pied la moitié de la moisson pour faire du grain tout de suite (AYMÉ, Jument, 1933, p.178).
Sécher sur pied. S'étioler, se flétrir sans être récolté. Il n'arrose point son marais; Ses épinars et sa laitue Sechent sur pied (FLORIAN, Fables, 1792, p.51). On rencontre par terre de petits rails qui rampent perdus dans le foin séché sur pied (BARBUSSE, Feu, 1916, p.178).
P. métaph. [En parlant d'une pers.] Languir, se consumer d'ennui, de tristesse. Je suis une fille sans dot, et il faudra que je gagne mon pain. Gouvernante ou sous-maîtresse, voilà mon lot; cela vaut encore mieux que de sécher sur pied dans ce trou de Juvigny (THEURIET, Mariage Gérard, 1875, p.51). Tout le monde était encore stupéfait de l'éclipse totale de Nana. On la réclamait, les anciens amis séchaient sur pied (ZOLA, Nana, 1880, p.1316).
Prendre pied. S'enraciner. De grands espaces où l'arbre ne prend pied que sous la tutelle de l'homme (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p.184).
b) P. méton. La plante tout entière. Pied de fraisier, de laitue, de pomme de terre, de vigne. Je suis sûr d'avoir passé auprès d'un admirable pied de boryana variabilis: il pesait une demi-livre avec les racines (ABOUT, Roi mont., 1857, p.204). Les pieds de chicorée s'étoilant et verdissant (PERGAUD, De Goupil, 1910, p.104).
Pied cornier.
Pied(-)mère. V. mère1 I D 1.
2. Spécialement
a) COUT. Pied d'un col. Côté par lequel un col est cousu. (Dict. XIXe et XXes.). Pied de dentelle. Dentelle basse cousue au bord d'une étoffe. (Dict. XIXes., Nouv. Lar. ill.-Lar. encyclop.).
b) GÉOM. Pied d'une bissectrice, d'une hauteur, d'une perpendiculaire... Point où la bissectrice, la hauteur, la perpendiculaire... forment un angle droit avec la ligne ou le plan qu'elles rencontrent. Dans un triangle quelconque, les milieux des trois côtés, les pieds des trois hauteurs et les milieux des trois segments qui joignent l'orthocentre (ou point de concours des hauteurs) aux trois sommets sont situés sur une même circonférence (Gds cour. pensée math., 1948, p.440).
c) HÉRALD. ,,Pointe ou partie inférieure de l'écu`` (Mots rares 1965; ds GUÉRIN 1892).
d) SC. DE LA TERRE, MÉTÉOR.
Pied de glace. ,,Accumulation de glace fixée au pied d'une falaise marine ou lacustre, et provenant aussi bien du gel de l'eau que de la diagénèse de la neige`` (Géomorphol. 1979). Le gel agit en tant que processus continental sur les falaises des mers des pays froids et même des pays tempérés. Mais il agit surtout par la glace d'hiver, ou pied de glace (DERRUAU, Précis de géomorphol., Paris, Masson, 1965, p.359).
Région. (Normandie, Picardie, Touraine, Canada). Pied de vent. Cirrus, dont le mouvement indique la direction du vent. (Ds Chass. 1970). Voir ROUGÉ, Folkl. Touraine, 1943.
e) TECHNOL. Assise, base données à une construction, à un objet, afin de les rendre plus stables, plus solides. Donner du pied à une échelle, à un mur. Une surcharge placée près du bord de l'excavation [d'une ardoisière] nécessitera [un talus] avec plus de pied (HATON DE LA GOUPILLIÈRE, Exploitation mines, 1905, p.422).
f) TYPOGR. Blanc de pied. ,,Blanc qui se trouve sous la dernière ligne au bas de la page`` (CARABELLI, [Lang. impr.], s.d.).
Pied de lettre. ,,Extrémité du caractère à l'opposé de l'oeil`` (COMTE-PERN. 1963).
Ligne de pied.
B. —Partie d'un objet jouant un rôle de soutien, de support. Pieds de chaise; pieds sculptés; pied d'un appareil photographique. Une urne de Melchior montée sur un pied qui servait de tronc (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p.705). Un divan (...) recouvert d'une jolie soierie à fleurs Louis XVI, et que l'ébéniste a doté de pieds tournés de même style (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p.36).
Verre à pied:
15. À dîner, voyant ma mère boire dans un verre assez commun, je lui dis: —Maman, quand je serai grand, je te donnerai un beau verre à pied, long comme un cornet à fleurs, pareil à celui que j'ai vu dans une ancienne gravure...
A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p.238.
SYNT. Pieds d'une armoire, d'un coffre, d'un guéridon, d'un lit, d'une table; pied d'un chandelier, d'une coupe, d'un vase; pieds ouvragés, travaillés, en balustre, en fuseau; pied démontable, télescopique.
Pied de fontaine. ,,Piédestal supportant une coupe de fontaine`` (CHABAT t. 2 1876).
Nez en pied de marmite.
MÉCANIQUE
♦Pièce d'une machine à coudre qui maintient l'étoffe appuyée sur la tablette, tout en permettant le passage de l'aiguille. La machine possède les accessoires permettant de réussir la reprise (plaque à repriser, pied repriseur) (MATHIOT, Éduc. mén., 1957, p.104).
Pied de bielle. ,,Extrémité de la bielle articulée sur le piston`` (DEW. 1973). L'appellation «pied de bielle» étant réservée au coussinet venant s'articuler, soit dans la crosse de tige de piston, soit dans le piston lui-même suivant le cas (AMBROISE, Monteur mécan., 1949, p.29).
MÉTROL. Pied à coulisse. Voir Cl. DUVAL, Verre, 1966, p.111.
2e Section. [Unité de mesure] Unité de mesure (de longueur, surface, volume) usitée autrefois en France avant l'adoption du système métrique, qui était divisée en douze pouces et valait 0,324 m. (pied de roi), soit approximativement la longueur d'un pied d'homme. Arbre de cent pieds de haut; il est tombé deux pieds de neige. On coupait la cuisse à un cuirassier, beau jeune homme de cinq pieds dix pouces (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p.45):
16. Les copains se regardèrent. Ils avaient lâché le fusil pour le surin, par goût, par fureur instinctive, par raisonnement, car tirer dans cette cour de cent pieds carrés où on était les uns sur les autres, c'était se massacrer entre soi.
MILLE, Barnavaux, 1908, p.147.
Mesure anglaise, américaine (foot) ou canadienne encore en usage (notamment dans l'aviation, la navigation en mer ou sous mer) et valant 0,3048 m. On convint qu'il dormirait auprès de ma tente. J'exigeai entre nous une distance de six pieds anglais (ABOUT, Roi mont., 1857, p.114).
I.P. ext. Longueur, surface approximative. Posséder quelques pieds de terre; tirer une langue d'un pied de long. Espérons, du moins, qu'on ne refusera pas à la dépouille du petit-fils de Henri IV quelques pieds cubes de terre française (COPPÉE, Franc-parler II, 1896, p.77).
Pied de nez.
Avoir un pied de fard, de rouge sur la figure. Être exagérément maquillé. Une femme aux cheveux jaunes, avec un pied de rouge sur la figure, une voiture qui sentait l'horizontale d'une lieue (...) est venue tantôt (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p.702).
Avoir (de qqc.) cent pieds par-dessus la tête (vieilli). (En) être excédé, (en) avoir par-dessus la tête. Mon dégoût pour la France ne fait qu'augmenter, et j'en ai cent pieds par-dessus la tête (CHATEAUBR., Corresp., t.2, 1817, p.2).
(Souhaiter, vouloir...) être à dix, à cent pieds sous terre. Être rempli de confusion, de honte. Voulez-vous être reconnu, ou n'être pas reconnu? —Je voudrais être à cent pieds sous terre, ou avoir votre impassibilité (STENDHAL, L. Leuwen, t.3, 1835, p.54). La conversation du génie et du débutant ne fut qu'une suite de silences et de petits mouvements. Le jeune souhaitait d'être à dix pieds sous terre (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p.94).
Proverbe. [P. allus. à la fable de La Fontaine: La Lice et sa compagne] Si vous lui donnez un pied, il en prendra quatre. Si vous êtes trop généreux, trop indulgent avec une personne, celle-ci abusera rapidement de votre bonté. Voir J.-F. ROLLAND, Dict. mauv. lang., 1813, p.104.
II.Au fig.
A.Vieilli. Au pied, sur le/un pied + adj. ou de + subst.
1. Sur la base (de), dans la position (de). Considérer, mettre, traiter (des personnes, des choses) sur le même pied. Les Galibis s'engagèrent à creuser sept pirogues que le charpentier accepta sur le pied de deux cents livres chacune (CHATEAUBR., Génie, t.2, 1803, p.448). Ils étaient les seuls légitimés des cinq bâtards de Son Altesse, et traités sur le pied et avec les honneurs de princes légitimes (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p.6):
17. Nous ne pouvons pas accepter, après la guerre, l'accession de l'Allemagne et de l'Italie aux matières premières sur le même pied que la France qu'elles ont atrocement dépouillée.
DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p.478.
Au pied de la lettre.
P. iron. Au petit pied. En raccourci, dans de modestes proportions.
[Appliqué à une chose] Plus d'une fois je me laissai aller à prendre au sérieux les académies au petit pied, les instituts de pacotille (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p.277). Littérature au petit pied, renonçant de gaieté de coeur à la grande manière de traiter la nature humaine (RENAN, Avenir sc., 1890, p.443).
[Appliqué à une pers.] Un Napoléon au petit pied. Corentin fut, non pas le conseil de ce ministre, mais son âme damnée, le Tristan secret de ce Louis XI au petit pied (BALZAC, Tén. affaire, 1841, p.97). Le gouvernement cumulait à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif et faisait figure de dictateur au petit pied (VEDEL, Dr. constit., 1949, p.92).
(Être) sur un bon, un mauvais pied. (Être) dans une situation favorable, défavorable. [Madame de Beaumesnil] s'empara énergiquement de la direction d'une fortune embarrassée qu'elle remit sur un bon pied et qu'elle sut y maintenir (FEUILLET, Sibylle, 1863, p.8).
(Être, vivre...) sur un pied d'égalité (avec qqn). (Être considéré, traité) de la même manière (que quelqu'un). Le comte du Châtelet (...) prit Lucien dans sa voiture et le traita sur un pied d'égalité (BALZAC, Illus. perdues, 1839, p.520). On vivait sur un pied d'égalité absolue quant à la nourriture (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p.178).
(Être) sur le pied de guerre, de paix
[Appliqué à une armée] (Être) prêt à combattre, à passer à l'action; (être) en état de repos, de paix. Ces quarante mille hommes, qui nous coûteraient à peu près 20 millions par an sur le pied de paix, nous en coûteront 30 sur le pied de guerre (CHATEAUBR., Congrès Vérone, t.2, 1838, p.296).
P. métaph. J'ai aperçu Mme Swann sur son pied de guerre, elle devait partir pour quelque offensive fructueuse (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p.515).
2. En partic. [Pour qualifier les ressources, le train de vie d'une pers.] Vivre sur un grand pied. Ma grand'mère se privait elle-même pour le mettre sur le pied de luxe insensé qu'on exigeait de lui (SAND, Hist. vie, t.2, 1855, p.175).
B.Lang. pop. et arg.
1. Arg. [Chez les voleurs] Part d'un butin. Travailler pour son pied. [Le chauffeur, ayant amené un client au cabaret] passe dans la cuisine pour «toucher son pied» (SIMONIN, J. BAZIN, Voilà taxi! 1935, p.75). Avance-lui les sommes dont il aurait besoin. On les retiendra sur son pied [lors du partage] (LE BRETON, Rififi, 1953, p.64):
18. MANUEL: (...) C'est à la Varenne qu'elle a sa villa? LE BARMAN: Oui. Garage. Salle de bains. T.S.F. Chauffage central. Téléphone, tout le confort... MANUEL: Ne t'en fais pas. T'auras ton pied...
J. DYSSORD, L'Amour tel qu'on le parle, 1929 ds J. CELLARD, Anthologie de la litt. arg., Paris, Mazarine, 1985, p.359.
Rem. ,,Un commentaire sur ces derniers mots. Avoir son pied signifie ici avoir sa part d'une affaire`` (J. CELLARD, loc. cit.).
Il y a du pied. Il y a un butin possible à partager. Jamais on n'aura eu un cantonnement pareil (...). Tu y trouves de tout chez les marchands. —Si y a la brigade, y a du pied (BARBUSSE, Feu, 1916, p.70).
2. P. ext., loc., pop.
En avoir (son) pied (de qqc.). En avoir assez. J'en avais pied d'être le seul bon mec, pied de me casser le chou à tout comprendre, à admettre toutes les faiblesses (SIMONIN, Touchez pas au grisbi, 1953, p.136).
C'est (pas) le pied! C'est (ça n'est pas) très agréable, remarquable, stimulant. Synon. c'est (pas) le rêve. Faire un voyage avec des copains: c'est «le pied». On n'est pas dans le cadre de la famille, c'est la fête, quoi (Réalités, oct. 1976, p.80, col. 1). Pour les femmes indépendantes de la boum-génération, côté amour-toujours, c'est pas le pied (Elle, 14 juill. 1980, p.7).
Prendre son pied
Éprouver une jouissance sexuelle, avoir un orgasme. Le râleux facteur l'a surprise un soir, derrière la chapelle, à l'extrémité du hameau, qui prenait joliment son pied avec Tatave, Jules et Julien! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p.600). Il venait de prendre son pied (...) Il s'en ressentait plus pour les largesses (...) Les mâles, avant l'opération, la lune, qu'ils vous donneraient. Mais après... (LE BRETON, Rififi, 1953 p.149).
P. ext. Éprouver un grand plaisir (à faire quelque chose). Le soir où j'ai participé au système [le jeu], là-haut dans la montagne, il avait l'air de se prendre son pied (GIONO, Gds chemins, 1951, p.225). Celui-là [B. de Jouvenel], révérence gardée, il «prenait son pied» avec ses personnages. Il écrivait joli (Le Point, 29 janv. 1979, p.89, col. 1).
C.SC. ET TECHN.
1. INDUSTR. TEXT. Bain de teinture donné à une étoffe. Pour les noirs d'Elbeuf ou de Sedan, la laine ayant reçu un pied de bleu plus ou moins intense, est teinte dans un bain bouillant (WURTZ, Dict. chim., t.3, 1878, p.292).
2. MARINE
Jeter, mouiller un pied d'ancre. ,,Mouiller sur une quantité de chaîne à peine supérieure à la profondeur de l'eau, pour un très court séjour en rade`` (GRUSS 1978). Le commandant, fatigué d'interroger de sa longue vue cette côte monotone, donna l'ordre de laisser tomber un pied d'ancre, et m'envoya reconnaître le fleuve avec le grand canot (DUMONT D'URVILLE, Voy. Pôle Sud, t.7, 1844, p.12).
Navire ayant du pied dans l'eau. ,,[Navire dont les] oeuvres vives s'(...)enfoncent suffisamment [dans l'eau] pour opposer une résistance à la dérive due au vent`` (GRUSS 1978).
Pied de pilote. ,,Qualification donnée aux mesures en pieds données par un pilote pour signifier qu'elles sont exagérées; en effet, par prudence, le pilote prend souvent une certaine marge de sécurité`` (LE CLÈRE 1960).
3. OENOL., BRASS. Pied de cuve, de fermentation. ,,Petite quantité de moût, sur laquelle on provoque la fermentation et qui, incorporée dans la masse du moût, en favorise la fermentation`` (Agric. 1977). Il est très utile de rajeunir la levure choisie au moment de l'employer [pour la fermentation du moût de miel] en la faisant multiplier à part dans quelques litres de moût stérilisé par l'ébullition. On déverse ensuite ce pied de cuve dans le moût de miel (BOULLANGER, Malt., brass., 1934, p.661).
III.LING., VERSIF.
A. — ,,Unité rythmique constituée par un groupement de syllabes de valeur déterminée (quantité, accentuation), et que les métriciens de l'Antiquité considéraient comme définie essentiellement par un battement de pied (...) sur l'une des syllabes`` (MAR. Lex. 1951). Pied pair, impair, irrationnel, pur. Pourquoi la rime, les pieds, les ritournelles, la mesure, le rythme, nous plaisent-ils dans la musique et dans la poésie? (J. DE MAISTRE, Soirées St-Pétersb., t.2, 1821, p.25).
B.P. anal. et abusivement. Chacune des syllabes constituant un vers. L'alexandrin est un vers de douze pieds. L'un des princes de la poésie à douze pieds (VEUILLOT, Odeurs de Paris, 1866, p.123). Un prénom de trois pieds évidemment, pour la bonne cadence, et finissant par une syllabe masculine (ARNOUX, Gentilsh. ceinture, 1928, p.99).
3e Section. [1er élém. de loc. comp. pied + de + subst. désignant un animal et précisant l'anal.]
I.SC. ET TECHN.
A.BOT. Nom populaire de certains végétaux. Pied(-)d'alouette. V. alouette. Pied(-)de(-)chat. V. chat1.
Pied(-)de(-)chèvre. Synon. de boucage. (Dict. XIXes., Lar. 20e).
Pied(-)de(-)coq. Variété de renoncule. Je deviens botaniste. J'étudie le bouton d'or, ou pied-de-coq, la dent-de-lion, le coucou (...), etc. C'est délicieux d'insignifiance (RENARD, Corresp., 1900, p.215).
Pied(-)de(-)corneille. Variété de plantain. (Ds GUÉRIN 1892, Lar. 19e-20e).
Pied(-)de(-)griffon. Variété d'ellébore. Voir PLANCHON, COLLIN, Drogues orig. végét., t.2, 1895-96, p.922.
Pied(-)de(-)lièvre.Trèfle des champs. (Dict. XIXes.; ds Nouv. Lar. ill., Lar. 20e).
Pied(-)de(-)lion. Alchemille vulgaire de la famille des Rosacées. Voir Code pharm., 1821, p.135.
Pied(-)de(-)loup. Lycopode d'Europe. (Dict. XIXe et XXes.).
Pied(-)de(-)mouton. Variété de champignon (l'hydre sinué). Voir MARTELLIÈRE, Gloss. Vendômois, 1893, p.240.
Pied(-)d'oiseau. Plante fourragère (ornithopus perpusillus). (Dict. XIXe et XXes.).
Pied(-)de(-)veau. Arum. Voir Codex, 1884, p.38.
B.GÉOLOGIE
Pied(-)d'alouette.
Pied(-)de(-)vache. ,,Ainsi nommés parce qu'on les attribue parfois à l'action du poids du bétail sur les pentes, ce sont des sortes de banquettes larges de quelques décimètres et séparés par des talus raides`` (DERRUAU, op. cit., p.169).
C.TECHNOLOGIE
1. Pied(-)de(-)chat. Instrument servant à sonder l'âme des canons. (Dict. XIXe et XXes.).
2. Pied(-)de(-)chèvre
Pièce de bois servant de soutien aux montants de la chèvre. (Dict. XIXe et XXes.).
En ferblanterie, forme servant à plier des feuilles métalliques. [Les] outils de chaudronniers et de tôliers [comprennent] (...) le pied de chèvre (CHAMPLY, Nouv. encyclop. prat., t.15, 1927, p.27).
Levier de métal dont l'extrémité est fendue. Synon. pied(-)de(-)biche. Voir CARABELLI, [Lang. impr.], s.d.
D.TYPOGR. Pied(-)de(-)mouche. Signe typographique servant à indiquer un paragraphe, une remarque, un renvoi (notamment dans les ouvrages liturgiques). Le pied-de-mouche (...) sert de point de repère ou appelle l'attention (E. LECLERC, Nouv. manuel typogr., 1932, p.152).
E.ZOOLOGIE
Pied(-)de(-)cheval. Grosse huître commune qui existe en Méditerranée, dans l'océan Atlantique, la Manche et la Mer du Nord. Une langue comme cette huître qu'on appelle pied-de-cheval (RENARD, Journal, 1894, p.197).
Pied(-)de(-)pélican. ,,Coquillage commun sur le littoral méditerranéen`` (Animaux 1981).
II. —Domaine de l'industr., des loisirs
A.ART CULIN. Pied(-)de(-)gazelle. V. gazelle.
B.INDUSTR. TEXT. Pied(-)de(-)poule. Pied(-)de(-) coq. (Étoffe à) dessin de même type que le pied-de-poule, mais d'une taille supérieure. Jupe plissée (...) lainage pied de coq fantaisie rouge (Le Figaro, 28 mars 1952, p.11, col. 7-8).
C.JEUX ET SPORTS
Pied(-)de(-)boeuf. Jeu dans lequel les participants doivent mettre leurs mains les unes au-dessus des autres, puis les retirer en commençant par celles du dessous, tout en comptant jusqu'à neuf; et celui qui énonce ce nombre saisit la main d'un autre joueur en disant «je tiens mon pied-de-boeuf». Quand ma soeur ou la fille aînée du vitrier venaient me provoquer aux jeux classiques de pied de boeuf ou de main chaude, je n'en trouvais aucun à mon gré (SAND, Hist. vie, t.2, 1855, p.168).
Pied(-)d'éléphant. Sac de couchage d'alpiniste, qui ne couvre que la partie inférieure du corps et peut se fixer sur une veste en duvet. (Ds GAUTRAT 1970). Maintenant au complet nous dînons rapidement puis sortons grandes cagoules et pieds d'éléphant (La Montagne, n°344, avr.-juin 1949, p.26 ds QUEM. DDL t.27).
III.Arg., vieilli. Pied(-)de(-)cochon.Pistolet. Des pistolets sont apportés (...) [S. en met une paire] de côté. «(...) je vais aller changer ces pieds de cochon» (VIDOCQ, Mém., t.2, 1828-29, p.319).
REM. Pedibus, adv., fam. [P. allus. à l'expr. lat. macaronique et fantaisiste pedibus cum jambis «avec les pieds et les jambes»] À pied. Si par hasard en omnibus De loin tu voyais pedibus Ton ancien tu l'appellerais, Et ta place lui offrirais (E. DE LA BÉDOLLIÈRE, Français peints par eux-mêmes, t.5, École Polytechnique, 1842, p.115). Voir D'ESPARBÈS, Folie épée, 1927, p.89.
Prononc. et Orth.:[pje]. Pas de liaison de d sauf dans qq. loc. LITTRÉ, ROB.: mettre pied à terre [] avec assourdissement de [d] final en [t]; BARBEAU-RODHE 1930: mettre pied à terre [pje(t)]; BUBEN 1935, § 230, FOUCHÉ Prononc. 1959, p.377: pied-à-terre (subst.) [] mais mettre pied à terre []. LITTRÉ: tenir pied à boule [pjetabul]; LITTRÉ, ROB.: de pied en cap []. Att. ds Ac. dep. 1694. Composés avec pied, v. le détail des mots. Prop. CATACH-GOLF. Orth. Lexicogr. Mots comp. 1981, p.270, 271 et 283: soudure et régularisation du plur. dans les composés à 2 termes (un piébot, des piébots), tolérance pour le trait d'union et plur. au 1er terme dans les composés à 3 éléments (un pied de biche, des pieds de biche). Étymol. et Hist. I. A. 1. a) 2e moitié Xes. «partie extrême de la jambe de l'homme» (St Léger, éd. J. Linskill, 165); 1550 pied plat (PARÉ, OEuvres, éd. J. F. Malgaigne, 1, 308); b) ca 1240 a sec piet (J. DE THUIN, Jules César, 35, 17 ds T.-L.); ca 1480 a pié sec la mer passèrent (Mist. Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 42999); c) 1579 pieds nus (R. GARNIER, La Troade, éd. W. Foerster, II, 101); 1937 subst. masc. plur. «sandales» (Tarif-Album-Manufrance, p.222 ds QUEM. DDL t.16); d) 1611 ne pas se moucher du pied (COTGR.); e) 1606 trouver chaussure à son pied «trouver ce qui convient» (NICOT, p.21); f) 1660 avoir le pied dans la fosse (OUDIN); 1845 avoir le pied dans la tombe (BESCH.); g) 1808 mettre les pieds dans le plat «ne plus garder de mesure» (HAUTEL); 1903 id. «commettre une grosse bévue» (Nouv. Lar. ill.); 2. a) ca 1100 descendre a pied «descendre de cheval» (Roland, éd. J. Bédier, 120); ca 1200 il a mis pié a terre «id.» (Chevalier cygne, 184 ds T.-L.); b) 1216 metre pié (quelque part) (G. LE CLERC, Fergus, 140, 13, ibid.); 1538 mettre le pied (quelque part) (EST.); c) 1548 toujours le pié en l'air «changer sans cesse de place, être vif» (NOËL DU FAIL, Baliverneries, éd. J. Assézat, 174); d) 1450-65 partir les pieds devant (La Farce de Maistre Pathelin, éd. Holbroock, 595); 1623 sortir les pieds devant (SOREL, Francion, éd. A. Colombey, 310); e) 1452 tenir pied ferme «rester fidèle à ses alliés» (JEAN DE BUEIL, Le Jouvencel, éd. L. Lecestre, 2, 113); 1587 de pied ferme (F. DE LANOUE, 324 ds LITTRÉ); f) ca 1460 à pied levé «à l'improviste» (G. CHASTELLAIN, Chroniques, éd. K. de Lettenhove, II, 184, 9); 1549 au pied levé (EST.); 1572 prendre qqn au pied levé (19 nov., Lettr. miss. de Henri IV, I, 46 ds GDF. Compl.); g) ca 1480 ne scay de quel pié dancer (Mist. Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 22624); 1611 ne pas savoir sur quel pied danser (COTGR.); h) 1611 planté sur le pied gauche «placé dans une mauvaise situation» (ibid.); 1962 se lever du pied gauche (ROB.); i) 1640 tomber sur ses pieds (OUDIN); 1685 fig. retomber sur ses pieds (FUR.); j) 1869 ne pas se donner de coup de pied «se vanter complaisamment» (LITTRÉ); 3. a) ca 1100 a pied «en marchant» (Roland, éd. J. Bédier, 2138); ca 1160 genz de pié «la piétaille» (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 6682); 1174-76 metre a pié «réduire dans une situation fâcheuse» (GUERNES DE PONT STE-MAXENCE, St Thomas, éd. E. Walberg, 6132); 1685 mettre qqn à pied «lui faire vendre son équipage» (FUR.); 1869 être à pied «être sans travail» (LITTRÉ); 1898 mettre à pied (un salarié) (GUÉRIN); b) ca 1100 en piez «debout» (Roland, éd. J. Bédier, 195); 1771 en pied (portrait, statue) (Trév.); c) 1551 mettre le pied sur la gorge (DU VILLARS, Mémoires, II ds GDF. Compl.); d) 1554 sus les pieds (être) «debout, rétabli» (TAHUREAU, Dial., p.91 ds LA CURNE); 1685 être sur pied «guéri, rétabli» (Mme DE SÉVIGNÉ, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.7, 411); 1660 mettre sur pied «guérir un malade» (OUDIN); e) 1668 remettre sur pied «rétablir dans ses affaires» (MOLIÈRE, L'Avare, II, 6); 1687 établir qqn sur un bon pied «lui procurer de grands avantages» (Mme DE MAINTENON, Lettre à Mr de Villette ds LITTRÉ); 4. a) 1306 prendre pié «aborder sur la terre ferme» (JOINVILLE, St Louis, éd. N. de Wailly, 142 f); 1580 prendre pied «s'établir d'une coutume» (MONTAIGNE, Essais, éd. P. Villey, I, 173); b) 1616 lâcher le pied «reculer, s'enfuir» (D'AUBIGNÉ, Hist., I, 22 ds LITTRÉ); 1656-57 lâcher pied «céder, montrer de la faiblesse» (PASCAL, Provinciales, éd. Brunschvicg, IV, 261); c) 1671 avoir pied (POMEY); 5. a) 1527 avoir bon pied, bon oeil «se porter bien» (CHEVALET, Myst. S. Christ., D II ds GDF. Compl.); b) 1616 avoir le pied marin (D'AUBIGNÉ, Hist., II, 293 ds LITTRÉ); 1671 avoir le pied léger (POMEY); 6. ca 1195 pié a pié «pas à pas» (AMBROISE, Guerre sainte, 10892 ds T.-L.); 1580 pied à pied «peu à peu, graduellement» (1er juin, Lettr. miss. Henri IV, I, 304 ds GDF. Compl.); 7. 1873 à pied de bas (marcher) «sans chaussures» (Gazette Tribunaux, 14 mars, p.250, 1recol. ds LITTRÉ Suppl. 1877). B. 1. Ca 1200 piet (d'un cheval) (Elie de St Gille, 1894 ds T.-L.); 1678 «sabot qui protège l'extrémité de la région digitée chez le cheval» (GUILLET); 2. 1793 faire feu des quatre pieds (HÉBERT, Le père Duchesne, n°325, 2 in G. WALTER, Hébert et le père Duchesne, Lexique de la langue d'Hébert ds QUEM. DDL t.15); 3. 1608 faire le pied de grue (M. RÉGNIER, Satyre III, éd. G. Raibaud, p.32); 4. 1585 petits pieds «petits oiseaux qui se mangeaient rôtis» (NOËL DU FAIL, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, 2). II. 1 a) Ca 1140 piet de la tor (Pélerinage Charlemagne, éd. G. Favati, 611); 1155 al pie del munt (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 13749); b) 1694 réduire qqn au pied du mur «ôter toute échappatoire à» (Ac.); 1718 mettre qqn au pied du mur (ibid.); 1898 à pied d'oeuvre (DG); 2) a) ca 1230 «partie la plus basse d'un arbre» (G. LECLERC, Trois mots, 237 ds T.-L.); 1563 cent mille pieds d'arbres «plants» (B. PALISSY, Récepte, 116); b) 1460-66 fig. elle séchoit sur le pie (MARTIAL D'AUVERGNE, Arrêts d'amour, éd. J. Rychner, XXIX, 137); 1690 sécher sur pied (FUR.); 3. ca 1200 pied (d'un meuble) (Poème moral, 389c ds T.-L.); id. un hennap d'argent a piet (ds Doc. concern. l'hist. de l'art dans les Flandres..., éd. C. Dehaisnes, I, 44); 4. 1685 «largeur d'une base» (FUR.); 1690 «penchant qu'on donne à des ouvrages pour les soutenir» (ibid.). III. 1. a) Ca 1100 «unité de mesure» (Roland, éd. J. Bédier, 2400); b) 1648 (avoir) un pied de «une couche épaisse de» (SCARRON, Virgile travesty, L. IV, p.307); c) id. faire un pied de nez «être mortifié» (ID., ibid., L. III, p.236); 1898 faire un pied de nez à qqn (DG); d) 1808 vouloir être à cent pieds sous terre (HAUTEL); 2. a) 1585 au petit pied «en raccourci, en petit» (NOËL DU FAIL, Contes d'Eutrapel, éd. J. Assézat, II, 67); b) 1609 il réforme à son pied (M. REGNIER, Satyre XI, éd. G. Raibaud, p.141); c) 1611 au pied de la lettre (COTGR.); 1671 prendre la chose un peu trop au pied de la lettre (POMEY); d) 1753 sur un pied d'égalité (négocier) (VOLTAIRE, Ann. empr. Leopold ds LITTRÉ); e) 1754-57 être sur un grand pied «mener grande vie» (ST FOIX, Ess. Paris, OEuvres, t. IV, 287 ds POUGENS ds LITTRÉ); 1869 vivre sur un grand pied «id.» (LITTRÉ); 3. 1538 petit pied «instrument de mesure du charpentier» (EST.); 1771 «instrument en forme de petite règle» (Trév.); 1903 pied à coulisse (Nouv. Lar. ill.); 4. 1899 pied «plaisir» (ds ESN.); 1926 prendre son pied «éprouver un très vif plaisir à» (Fr. CARCO, L'Amour vénal, p.179 ds CELLARD-REY 1980). IV 1. Ca 1380 «syllabe dans le vers français» (JEAN LEFEVRE, Trad. La Vieille, 10 ds T.-L.); 2. 1549 «dans le vers grec ou latin, groupe de syllabes constituant la mesure élémentaire du vers» (DU BELLAY, Deffense langue francoyse, éd. H. Chamard, 262). Du lat. pedem, acc. de pes, pedis «pied des hommes et des animaux», «pied (mesure)», «pied (métrique), mètre, vers», «tige de fruit, de plante». Fréq. abs. littér.:31035. Fréq. rel. littér.:XIXes.: a) 49898, b) 57959; XXes.: a) 41673, b) 33290. Bbg. CHAUTARD Vie étrange Argot 1931, pp.71-73. —CLÉDAT (L.). De Qq. loc. qui contiennent le mot pied. R. de Philol. fr. 1928, t.40, pp.5-9. —DINGUIRARD (J. C.). Gasc. et argot fr. Mél. Séguy (J.). 1978, t.1, pp.206-207. —DOILLON (A.). Le Mot pied. Amis Lex. fr. 1975, n°516, pp.43-54. —QUEM. DDL t.4 (s.v. pied à l'étrier), 9, 10 (s.v. avoir le pied marin), 14 (s.v. bain de pied), 16 (s.v. pied-nu), 18, 21 (s.v. verre à pied), 27, 30 (s.v. pied d'éléphant). —SAIN. Arg. 1972 [1907], p.97.

pied [pje] (On ne fait la liaison que dans quelques loc., où le d se prononce t : mettre pied à terre, de pied en cap). n. m.
ÉTYM. Xe; du lat. pedem, accusatif de pes, pedis; souvent écrit piés, pié, du XIIIe au XVIe, encore chez La Fontaine. → Demi-, cit. 13.
———
I Extrémité inférieure de la jambe chez l'homme, de la patte chez certains animaux, servant à l'appui et à la locomotion.
A Chez l'homme.
1 a Le dernier segment du membre pelvien, partie inférieure articulée à l'extrémité de la jambe, pouvant reposer à plat sur le sol et permettant la station verticale et la marche. Pède-, -pédi, -pédie. || Le pied droit, gauche. || Les pieds et les mains. Extrémité (A., 1. : extrémités). || Parties du pied. Cou-de-pied, plante, talon (→ Frisson, cit. 11). || Pointe du pied. || Doigts du pied, doigts de pied. Orteil (→ Articuler, cit. 1; frileux, cit. 4). || Pouce du pied. || Articulation du pied. Cheville, malléole. || Partie dorsale, plantaire du pied. || Squelette du pied. Métatarse, tarse (astragale, calcanéum, scaphoïde, cunéiformes); phalange (des orteils). || Muscles des pieds (abducteurs, adducteurs, fléchisseurs des orteils, interosseux [ Inter-], pédieux)…Étude du pied. Podologie.
Noms donnés au pied, dans le langage familier. Arpion, nougat, panard, patte, paturon, pince, pinceau, ripaton…
Formes, dimensions du pied. || Jolis pieds, pied mignon (→ Attacher, cit. 90; joli, cit. 9). || Petits pieds. Peton. || Pieds fins (→ Large, cit. 3). || Pieds cambrés. || Pieds déformés, comprimés des femmes de l'ancienne Chine. || Avoir de grands pieds (cf. fam. Chausser du 42 fillette). || Berthe au grand pied.Monomanie (cit. 2), fétichisme du pied.
1 Mais elle avait le pied gros et court, signe indélébile de sa naissance obscure. Jamais un héritage ne causa plus de soucis. Florine avait tout tenté, excepté l'amputation, pour le changer. Ses pieds furent obstinés, comme les Bretons auxquels elle devait le jour; ils résistèrent à tous les savants, à tous les traitements; Florine portait des brodequins longs et garnis de coton à l'intérieur pour figurer une courbure à son pied.
Balzac, Une fille d'Ève, Pl., t. II, p. 104.
2 (…) c'étaient bien les deux plus adorables pieds du monde, pas plus grands que cela, blancs comme de l'ivoire neuf et un peu rosés par la pression de la chaussure où ils étaient en prison depuis dix-sept heures, des pieds trop petits pour une femme, et qui semblaient n'avoir jamais marché (…)
Th. Gautier, Mlle de Maupin, VI.
3 Madame alléguera qu'elle monte en berline;
Qu'elle a passé les ponts quand il faisait du vent;
Que, lorsqu'on voit le pied, la jambe se devine;
Et tout le monde sait qu'elle a le pied charmant.
A. de Musset, Premières poésies, « Namouna », I, IV.
4 Je me rappelle surtout deux petits pieds tout blancs, les plus nus, les plus blancs. Leur pas était toujours égal, sage, mesuré par une chaîne invisible. J'imagine que c'était ceux d'Électre.
Giraudoux, Électre, I, 1.
Difformités, maladies… du pied. || Pied-bot ou pied bot. Bot (cit.). → Équin, cit. || Pied tors (→ Nain, cit. 3). || Pied creux. || Pied plat : malformation du pied (→ ci-dessous le sens fig.). || Pied d'athlète, pied de Madagascar, pied de Hong-Kong : dermatose mycosique du pied. Athlète. || Cals, callosités du pied. Cor (2. Cor, cit.), durillon, oignon… || Avoir mal aux pieds, souffrir des pieds (→ Gros, cit. 4). Tarsalgie. || Blessure au pied. || Se fouler (cit. 12), se tordre le pied. || Avoir une épine au pied, dans le pied. — ☑ Loc. fig. Tirer, ôter une épine (cit. 13) du pied.Boiter (cit. 3) du pied droit, gauche. Boiter, boiteux. || Amputation du pied.
5 Popinot était petit et pied-bot, infirmité que le hasard a donnée à lord Byron, à Walter Scott, à monsieur de Talleyrand, pour ne pas décourager ceux qui en sont affligés.
Balzac, César Birotteau, Pl., t. V, p. 368.
6 Tandis qu'il étudiait les équins, les varus et les valgus, c'est-à-dire la stréphocatopodie, la stréphendopodie et la stréphexopodie (ou, pour parler mieux, les différentes déviations du pied, soit en bas, en dedans ou en dehors), avec la stréphypopodie et la stréphanopodie (autrement dit : torsion en dessous et redressement en haut), M. Homais, par toutes sortes de raisonnements, exhortait le garçon d'auberge à se faire opérer.
Flaubert, Mme Bovary, II, XI.
7 (…) Rosa en fut si bouleversée qu'elle oublia qu'elle sautait, et se tordit le pied. Elle fût tombée, si Christophe ne l'avait retenue, pestant tout bas contre l'éternelle maladroite.
R. Rolland, Jean-Christophe, L'adolescent, I, p. 256.
Soin, hygiène des pieds. Pédicure; podologue. || Bain de pieds. Bain, pédiluve (→ Ordonner, cit. 14). || Se laver les pieds (→ 1. Guigne, cit. 2).Relig. || Le lavement des pieds.Avoir les pieds sales. || Sentir des pieds.
Avoir chaud, froid aux pieds. || Avoir les pieds gelés. || Avoir les pieds au chaud. || Se chauffer (cit. 3) les pieds. Bouillotte, chancelière, chauffe-pieds, chaufferette. || Les pieds devant le feu, sur les chenêts (cit. 2). || Couverture sur les pieds. Couvre-pieds.Se brûler les pieds. — ☑ Loc. fig. Les pieds lui brûlent (cit. 40), le pavé lui brûle (cit. 26) les pieds : il a hâte de partir.Avoir les pieds secs, mouillés. || Se tremper les pieds (cf. Faire trempette). — ☑ Loc. Passer une rivière à pied sec, sans se mouiller les pieds.
8 (Ce grand Dieu)
Qui noya Pharaon sous les ondes salées,
Et fit passer son peuple, ainsi que par bateaux,
Sans danger, à pied sec par le profond des eaux.
Ronsard, Disc. des misères de ce temps, « Remontrance au peuple de France ».
Pieds nus (→ Dépenaillé, cit. 2), nu-pieds. Nu (1. Nu, cit. 7). || Courir les pieds nus, à pieds nus (vieilli), pieds nus, nu-pieds. || Chausser son pied. || Un pied chaussé et l'autre nu.Partie du vêtement qui couvre, protège le pied. Chaussure (cit. 4; → Pantoufle, cit. 2 et 3). || Mettre son pied dans une chaussure. Chausser. || Pieds chaussés de pantoufles (→ 1. Cotte, cit. 2), de sandales (→ Huron, cit. 1).Avoir (une chaussure) au pied, (des chaussures) aux pieds, et, pop., dans les pieds. || Avoir aux pieds des galoches (cit. 2). — ☑ Loc. fig. Une chaussure à tous pieds.Trouver chaussure à son pied. Chaussure (→ Marier, cit. 7).Avoir les deux pieds dans le même sabot : être maladroit, emprunté.Pantalon, guêtre munis d'une bande passant sous le pied. Sous-pied.Pièce d'armure protégeant le pied. Soleret.
9 Qu'Émile coure les matins à pieds nus, en toute saison, par la chambre, par l'escalier, par le jardin; loin de l'en gronder, je l'imiterai; seulement j'aurai soin d'écarter le verre.
Rousseau, Émile, II.
b Loc. Pieds nickelés. — ☑ Avoir les pieds plats (comme les paysans qui portaient des souliers sans talon) : être rustre. Pied-plat.
L'animal à deux pieds sans plumes : l'homme.
10 Ce Pencroff était un Américain du nord, qui avait couru toutes les mers du globe, et auquel, en fait d'aventures, tout ce qui peut survenir d'extraordinaire à un être à deux pieds sans plumes était arrivé.
J. Verne, l'Île mystérieuse, t. I, p. 20.
Fam. Être bête comme ses pieds, très bête.Faire qqch. comme un pied, très mal (→ Épauler, cit. 1). || Il a joué comme un pied. || Il se débrouille comme un pied.Par ext. || Quel pied ! : quel imbécile !
11 Espèce ed' (de) pied, exclame-t-on dans l'autre coin, très en colère, pourquoi qu't'as pas joué, atou, alors ?
H. Barbusse, le Feu, t. II, II, XX, p. 28.
Marcher sur le pied de qqn (→ Faute, cit. 16; impolitesse, cit.). — ☑ Fig. Marcher sur les pieds de qqn, lui manquer, chercher à l'évincer.
12 — Je ne sais ni pourquoi, ni de quoi vous criez.
— C'est qu'il ne fait pas bon me marcher sur les pieds.
A. de Musset, Premières poésies, « À quoi rêvent les jeunes filles », II, III.
Fam. Casser les pieds. Ennuyer; casse-pieds.
Fam. Faire les pieds (à qqn), lui donner une leçon, le dresser, lui apprendre à vivre (peut-être, à l'origine, en parlant d'une marche forcée infligée par punition à des soldats).
13 — Vous savez, dit-il, c'est la première fois de ma vie que ça m'arrive. — Quoi ? Jeune ingénu ! — (…) d'être rabroué comme ça. — Eh, bien, ça vous fera les pieds.
Aragon, les Cloches de Bâle, III, XX.
14 Lola avait l'air absent, il eut envie de la faire souffrir un peu, pour lui faire les pieds (…)
Sartre, l'Âge de raison, p. 36.
Fam. Occupe-toi de tes pieds (cf. De tes fesses, de tes oignons).
c (Contextes du mouvement et de la lutte). || Mettre, poser son pied sur…, dans… Marcher (II., B.). || Mettre le pied dans une flaque d'eau. || Poser un pied par terre, sur le sol, sur une marche, un marchepied. || Essuyer ses pieds sur un paillasson.Les pieds en l'air, la tête en bas. — ☑ Loc. Avoir le pied, un pied dans la fosse (cit. 6), dans la tombe : être très vieux ou moribond. Mourir. — ☑ Avoir, mettre le pied dans la vigne du Seigneur : être ivre. — ☑ Loc. fam. Mettre les pieds dans le plat : aborder une question délicate avec une franchise brutale; commettre une bévue grossière, un grave impair. Gaffe.
15 Certains hommes boitaient dont on sentait bien que ce n'était pas par suite d'un accident de voiture, mais à cause d'une attaque et parce qu'ils avaient déjà, comme on dit, un pied dans la tombe.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XV, p. 96.
16 Il perd beaucoup, mais il sait travailler : il faut mettre les pieds dans le plat et lui demander où il en est (…)
A. Maurois, Bernard Quesnay, XXIII.
Poser son pied sur celui de sa voisine. || Effleurer, frôler du pied.
17 (…) son pied, aussi expressif que sa main, s'appuya avec le même aplomb, la même passion, la même souveraineté, sur mon pied, et y resta tout le temps que dura ce dîner (…)
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Le rideau cramoisi ».
Loc. Faire du pied à qqn, poser le pied sur le sien (pour l'avertir, marquer un intérêt galant, etc.). || Se faire du pied.
Loc. fam. Ne pas se moucher (cit. 7 et 8) du pied.Avoir, mettre (le) pied à…, dans tel ou tel endroit, y être, y aller. — ☑ Mettre pied à terre : descendre d'une monture, d'un véhicule (→ Débrider, cit. 1; gravir, cit. 5).Mettre le pied à terre : s'arrêter. Pied-à-terre.Avoir le pied à l'étrier (cit. 2). — ☑ (1680). Fig. Avoir toujours un pied en l'air : être vif, changer sans cesse de place.
Mettre, remettre le pied, les pieds quelque part, y aller, y retourner.Mettre le pied dehors : sortir (→ Déniaiser, cit. 3). || Il n'y a jamais (cit. 10) mis les pieds. || Je n'y remettrai plus les pieds. || Dès qu'il eut remis un pied dans le monde (→ 1. Lancer, cit. 40).
18 Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Taïtien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Taïti, qu'en penserais-tu ?
Diderot, Suppl. au voyage de Bougainville, II.
Avoir les pieds par terre : être réaliste (cf. Terre à terre).
18.1 Nous ne pouvons pas penser sur les ailes du vent. D'autre part, s'il est essentiel que nous ayons les pieds par terre, il l'est également que nos têtes ne restent pas au niveau du sol.
Malraux, Antimémoires, Folio, p. 341.
Positions et mouvements des pieds dans l'appui, la marche… Marche, marcher, pas (1. Pas, cit. 3). — ☑ Loc. Mettre un pied devant l'autre : marcher (→ Bourrelet, cit. 1). || Il ne peut plus mettre un pied devant l'autre. — ☑ Partir du pied droit, du pied gauche : commencer à marcher en prenant appui sur le pied droit, gauche. — ☑ Loc. fig. Il s'est levé du pied gauche, du mauvais pied : il est de mauvaise humeur.
18.2 (…) il y a des jours comme ça où on se lève du mauvais pied, où on ne prend plaisir à rien (…)
S. de Beauvoir, les Belles Images, p. 22.
Pirouette sur un pied. || Sauter, sautiller d'un pied sur l'autre. || « Leurs pieds (des danseuses) semblent écrire » (→ Gracieux, cit. 10, Valéry).Avoir, tourner les pieds en dedans, en dehors. || Pieds écartés, joints. — ☑ À pieds joints. || Sauter à pieds joints.De plain-pied. Plain.Lever les pieds en marchant.Traîner les pieds. || Frotter ses pieds par terre. || Avancer, reculer le pied.Placer, tenir le pied à l'endroit marqué. Piéter. || Faute de pied (au basket-ball, au tennis…). || Prendre son appel du pied droit, gauche, en sautant. || Pied d'appel. || Battre, taper des pieds, du pied; battements (cit. 1) de pieds. Piétiner, trépigner. || Frapper du pied (par terre). → Nez, cit. 30; par métaphore, 1. arbitre, cit. 15. — Heurter un obstacle du pied. Achopper, buter. || Les pieds glissent dans la boue (→ Bâton, cit. 7; fange, cit. 3). || Le pied lui a manqué (cit. 28). || Tirer par les pieds (→ Enlisement, cit. 1).Entraver, attacher, lier les pieds. Empêtrer. || Dégager les pieds. Dépêtrer. — ☑ Loc. Pieds et poings liés (cit. 26 et 29) : réduit à l'impuissance, à l'inaction totale. — ☑ Fam. Ne pouvoir remuer ni pied ni patte : être complètement immobilisé. Immobile (→ Clouer, cit. 3).
19 Il y avait une grande querelle dans Babylone (…) qui partageait l'empire en deux sectes opiniâtres : l'une prétendait qu'il ne fallait jamais entrer dans le temple de Mithra que du pied gauche : l'autre (…) n'entrait jamais que du pied droit. On attendait le jour de la fête solennelle du feu sacré pour savoir quelle secte serait favorisée par Zadig. L'univers avait les yeux sur ses deux pieds (…) Zadig entra dans le temple en sautant à pieds joints (…)
Voltaire, Zadig, VII.
20 Si je pouvais mettre un pied devant l'autre, vous croyez bien que mes deux pieds seraient chez vous.
Voltaire, Correspondance, 4106, 20 juin 1774.
Trace, empreinte (cit. 3) du pied sur le sol. 1. Pas (I., 3.; → Marquer, cit. 41).
Fouler (cit. 7 et 9) aux pieds.(Vx). || Fouler du pied. || Écraser sous les pieds. || Feuilles sèches qui craquent sous le pied. || La terre lui manqua sous les pieds. || Avoir sous les pieds la terre ferme, un bateau (→ Manœuvrer, cit. 7).Par métaphore (→ Désagrégation, cit. 1). — ☑ Loc. Couper l'herbe (cit. 19) sous les pieds de qqn.
Loc. fig. et fam. S'en aller les pieds devant, les pieds les premiers : être mort.
21 (…) cet hiver, autour d'elle (Maman Coupeau), on disait qu'elle ne sortirait plus de sa chambre que les pieds en avant; et elle avait, à la vérité, un fichu râle qui sonnait joliment le sapin (…)
Zola, l'Assommoir, IX, t. II, p. 78.
Lever un pied, le pied.Spécialt. Cesser d'accélérer (opposé à mettre le pied à fond). — ☑ Loc. fig. Lever le pied : s'en aller, partir.
Appuyer, manœuvrer avec le pied. || Mettre, enfoncer le pied sur l'accélérateur.(Argot autom.). || Pied dedans : en accélérant à fond.
Coup de pied : coup (cit. 11) donné avec le pied (→ Coup de botte). || Donner, envoyer (cit. 23) un coup de pied. || Coup de pied en vache. || Coup de pied au cul (cit. 6 et 8), au derrière (cit. 19). || Lutte à coups de pied. Pantoufle, savate.Sports. Coup frappé dans le ballon avec le pied. Shoot. || Donner un coup de pied dans le ballon. Shooter. || Coup de pied à suivre. || Coup de pied touché, de pénalité.Se donner des coups de pied en courant. — ☑ Loc. fig. Ne pas se donner de coups de pied : se vanter. — ☑ Loc. métaphorique. Coup de pied de Vénus : maladie vénérienne. — ☑ Par ext. Aller quelque part d'un coup de pied, y aller à pied, rapidement.
Balle au pied. Football.
21.1 Antoine (…) sonnait du clairon dès que l'un d'eux avait la balle au pied.
René Fallet, le Triporteur, p. 397.
Se battre, lutter avec les pieds et les mains. || Faire tomber avec son pied, en faisant un croche-pied. Croc-en-jambe. — ☑ Loc. Lutter (cit. 4) des pieds et des mains. — ☑ Loc. Faire des pieds et des dents (cit. 16). — ☑ (Vx). Faire des pieds et des mains : se démener, employer tous les moyens (→ Arracher, cit. 41; décider, cit. 28).
22 (…) si je savais qu'il existe quelque part une société secrète, de gens qui aient en gros le même but que moi, et décidés à tout, je ferais des pieds et des mains pour y entrer.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, X, p. 100.
Mettre à qqn son pied quelque part, lui donner un coup de pied au derrière (→ 1. Part, cit. 23).
(1594, in D. D. L.). Vx. Tenir le pied sur la gorge à qqn, le tenir à sa merci.
Loc. De pied ferme : les pieds solidement appuyés au sol. || Tenir de pied ferme, sans reculer. || Attendre (cit. 21) qqn de pied ferme, avec détermination. — ☑ Lever (1. Lever, cit. 5) le pied, se dit d'un dépositaire de fonds qui s'enfuit en emportant l'argent dont il avait la garde.
Au pied levé (1. Lever, cit. 39) : sans apprêt, sans préparation. Incontinent.
Haut le pied. Haut (cit. 87 à 89).
D'arrache-pied. Arrache-pied.
d Loc. (avec sur, à, en). Sur les pieds, sur un pied… Debout, dressé, levé. || Se lever (→ Noir, cit. 8), se mettre, se tenir (→ Chancelant, cit. 1) sur ses pieds. || Sauter sur ses pieds (→ Camper, cit. 9). || Planté sur ses pieds (→ Foi, cit. 18). || Tomber sur ses pieds, sans se faire de mal. — ☑ Fig. Retomber sur ses pieds : se tirer à son avantage d'une situation difficile, dangereuse, par adresse ou par chance.Être en équilibre sur un pied (→ Étonner, cit. 10). || Sauter sur un pied. Cloche-pied (à). — ☑ Fig. N'être que sur un pied, dans une situation instable, difficile.Ne pas savoir sur quel pied danser : être dans l'indécision, ne savoir quelle attitude, quelle contenance prendre (→ Avenant, cit. 5).
23 Et puis avec lui on sait sur quel pied on danse.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, II, p. 14.
Sur pied (dans cette expression, pied reste au singulier). Debout, éveillé. || Il est sur pied à cinq heures du matin.Guéri, rétabli. || Il garde encore la chambre, mais il sera sur pied dans quelques jours. || Remis sur pied.Armée, troupe sur pied, prête au combat. Paré (→ ci-dessous, III., 4., dans un autre sens : sur le pied de guerre). — ☑ Fig. Mettre sur pied une affaire, une entreprise, une société, la monter, la mettre en état de commencer son activité. Constituer, organiser. || La mise sur pied a été longue, difficile.Remettre qqn, une entreprise sur pied, rétablir sa situation.
24 Je vous prie, Monsieur, de me donner le petit secours que je vous demande. Cela me remettra sur pied (…)
Molière, l'Avare, II, 5.
25 Le hasard avait voulu que (…) la population, pour des causes diverses, fût tenue toujours sur pied, toujours en émoi.
Michelet, Hist. de la Révolution franç., V, VI.
26 Eh bien, je venais… je venais te demander un coup de main… En dix minutes tu me mettrais ça sur pied, toi, tu me montrerais la tournure qu'il faut prendre.
Maupassant, Bel-Ami, I, III.
27 (…) le feu prit à la petite cagna dans laquelle vivaient nos officiers d'administration. En une seconde, je fus sur pied (…)
G. Duhamel, la Pesée des âmes, VIII.
Sur la pointe des pieds (→ Hisser, cit. 11; dresser, cit. 27).
À pied : en marchant. Marche, marcher (on dit, par pléonasme, marche à pied, marcher à pied). → Aimant, cit. 2; carriole, cit 2; 1. caravane, cit. 2; facteur, cit. 13; galoche, cit. 1; 2. marche, cit. 6; marcheur, cit. 2. || Aller (→ Arriver, cit. 16), partir (→ Ivresse, cit. 22) à pied. Pédestrement (cf. fam. À pattes, à pinces). || Voyager à pied. || Ceux qui vont à pied. Piéton. || Armée, troupe qui combat à pied. Fantassin, infanterie, piétaille. || Course à pied (→ Athlète, cit. 4).Par ext. || Course à pied (opposé à course cycliste, automobile). || Coureur à pied. || Chasseur à pied.Auberge où on logeait à pied et à cheval, les voyageurs à pied et les voyageurs à cheval.
28 Faire route à pied par un beau temps, dans un beau pays, sans être pressé, et avoir pour terme de ma course un objet agréable : voilà de toutes manières de vivre celle qui est le plus de mon goût.
Rousseau, les Confessions, IV.
29 Allons, mesdemoiselles, passez à l'ombre, rangez un peu vos voitures ! place aux honnêtes femmes qui vont à pied !
Th. Barrière, les Filles de marbre, IV, 4.
Loc. fam. Je l'emmerde à pied, à cheval et en voiture, de toutes les façons, copieusement.
29.1 Naturellement Jacques lui répond sans hésitation qu'il l'emmerde et copieusement même et à pied aussi bien qu'à cheval.
R. Queneau, Loin de Rueil, p. 150.
Être à pied : n'avoir pas d'équipage (vx), et de nos jours, fig. Être sans revenus, sans emploi, sans situation stable (→ Sur le pavé). || Se faire mettre à pied. Renvoyer, suspendre. || Mise à pied.
Vx. De pied. || Aller de pied, à pied (encore in Balzac, le Cousin Pons, Œ., t. VI, p. 576).Gens (1. Gens, cit. 27) de pied et gens de cheval.Valet de pied. Valet.
30 Dix mille chevaliers le suivirent avec soixante-dix mille hommes de pied, Français, Lorrains, Allemands.
Michelet, Hist. de France, IV, III.
En pied : représenté debout, des pieds à la tête. || Portrait en pied (→ Grandeur, cit. 37).
31 Les photographes les plus médiocres, abandonnant l'habitude de photographier leurs modèles « en pied » (…)
Malraux, les Voix du silence, p. 122. (→ Photographe, cit.).
(Dans l'exercice d'une fonction). En titre. || « Il n'était que surnuméraire dans cette administration; il y est maintenant en pied » (Académie).Par plaisanterie :
32 Je suis l'amant en pied de la dame rose; c'est presque un état, une charge, et cela donne de la consistance dans le monde.
Th. Gautier, Mlle de Maupin, III.
Aux pieds de qqn, devant lui, en se baissant, en se prosternant (→ Affoler, cit. 2; apporter, cit. 21; hoquet, cit. 3). || Se jeter, se prosterner, tomber aux pieds de qqn (→ Embrasser, cit. 8; esclave, cit. 15; inanimé, cit. 2; malheur, cit. 16). || Demander grâce aux pieds du vainqueur. Implorer. || Hommages (cit. 23 et 24) déposés, mis aux pieds de qqn (→ Dépouille, cit. 5). — ☑ Mettre ses ennemis à ses pieds, les soumettre, les vaincre (→ Bénin, cit. 8).Chien aux pieds de son maître (cit. 9 et 10). || Hercule aux pieds d'Omphale (→ Filer, cit. 2).
33 (…) il n'a qu'un mot de repentir à m'adresser, et je vole, je ne dirai pas dans ses bras, mais à ses pieds.
Stendhal, Romans et nouvelles, « Le philtre ».
Au pied !, ordre donné à un chien de venir se coucher devant la personne qui l'appelle (dressage).
e Les pieds, considérés comme une des extrémités du corps.De la tête aux pieds, des pieds à la tête (→ Casser, cit. 16; envelopper, cit. 19). || Depuis les pieds jusqu'à la tête (→ Nègre, cit. 4). || Considérer, dévisager (cit. 3), mesurer (cit. 5) qqn des pieds à la tête. — ☑ De pied en cap (tête). || Armé (cit. 19), habillé (cit. 17) de pied en cap (cit. 1). Complètement.Fig. || Intelligente (cit. 4) de la tête aux pieds.Manteau, lévite (cit. 4) allant, traînant jusqu'aux pieds. — ☑ Loc. L'arme (cit. 2) au pied.
33.1 (…) le héros d'une tragédie ne doit pas l'être de pied en cap (…) il doit, pour intéresser, rester un homme (…)
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 6 oct. 1851.
Baiser les pieds de qqn. || Baiser (cit. 4) les pieds du pape (→ Lier, cit. 28). Mule.Fig. et vx. S'humilier.
2 Pied (après un verbe et sans article), désignant le contact avec le sol, l'assise. || Avoir pied (dans l'eau) : pouvoir se tenir debout en tenant la tête hors de l'eau. — ☑ Fam. Il y a pied, on a pied.Perdre pied et se noyer (cf. au fig., Se troubler, perdre le contrôle, le fil de ses idées). — ☑ Prendre pied : se trouver sur le sol ferme, et, fig. (milit. et cour.), s'établir solidement. || Puissance qui prend pied dans une région. Fixer (se), installer (s').
33.2 Dans les réalisations du théâtre Balinais l'esprit a bien le sentiment que la conception s'est d'abord heurtée à des gestes, a pris pied au milieu de toute une fermentation d'images visuelles ou sonores.
A. Artaud, le Théâtre et son double, in Œ. compl., t. IV, p. 75.
Perdre pied : ne plus avoir pied, perdre le contact ou la position.
34 (…) en 1115 le seigneur du Bourbonnais, voisin du Berry, appela le roi à son secours contre le frère de son prédécesseur, qui lui disputait cette seigneurie. Louis le Gros y passa avec une armée, et le protégea efficacement. Dès lors, il eut pied dans le Midi.
Michelet, Hist. de France, IV, IV.
35 Plus on perd pied, plus on relève la tête. L'amour-propre national se réfugie dans ces colonies qui (…)
Gide, Journal, 7 févr. 1942.
36 J'appliquai mon esprit à éclaircir le sens de cette scène étrange (…) Mais dès que j'eus lié deux ou trois réflexions, je sentis que je perdais pied. Je me retins de tomber dans le vide. Car le vide était là. Je ne saurais mieux exprimer le vertige qui me saisit tout à coup. J'allais déraisonner, je touchais à l'absurde (…)
H. Bosco, le Jardin d'Hyacinthe, p. 141.
Lâcher pied (vx, lâcher le pied) : ne plus tenir de pied ferme contre l'adversaire, céder. Enfuir (s'), reculer. || Armée qui lâche pied (→ Ébranlement, cit. 2).Par ext. Se retirer, partir.Fig. Céder, flancher.
37 Et pas une ne parlait de lâcher pied, retenue par le spectacle, voulant voir jusqu'au bout.
Zola, la Terre, II, II.
3 (Dans des expressions). Manière de se tenir, de marcher. || Avoir le pied sûr. || Pied peureux (→ Froisser, cit. 6), furtif (cit. 5), timide (→ 1. Limon, cit. 4).S'en aller d'un pied léger.Partir d'un bon pied, allégrement. || Achille au pied léger. — ☑ Avoir le pied marin (1. Marin, cit. 4 et 5). — ☑ Avoir bon pied, bon œil (cit. 5).
Spécialt. 1. Pas. || S'en aller du même pied. — ☑ (Rare). Tenir pied à qqn, aller à la même allure que lui.
38 Et, leste comme un perdreau, elle trotte, elle se dépêche. L'homme a peine à lui tenir pied.
Alphonse Daudet, Contes du lundi, « Les mères ».
4 Pied à pied : pas à pas. || Lutter (→ Évertuer, cit. 7), résister, battre en retraite pied à pied (→ Brèche, cit. 4; paniquard, cit.). || Avancer, gagner pied à pied. || Forcer pied à pied une résistance (→ Arme, cit. 34).Fig. Par degrés, graduellement.
39 — Si ce n'était pas un jeune homme, se disait Hulot en rétrogradant pied à pied, nous n'aurions pas été attaqués.
Balzac, les Chouans, Pl., t. VII, p. 796.
5 Par anal. || Les pieds d'une statue, d'une poupée, d'une figure dessinée, etc. — ☑ Loc. Le colosse aux pieds d'argile (cit. 7 et 8).
Image, trace d'un pied (humain). || Il y a un pied sur le sol.
6 Pied de fer, de fonte : enclume en forme de pied sur laquelle le cordonnier enfile les chaussures qu'il répare.
40 Le marteau du savetier sonna nerveusement sur le pied de fer.
G. Duhamel, Salavin, V, VI.
7 Pied de bas : partie du bas qui recouvre le pied. || Tricoter, refaire ( Rempiéter) le pied. — ☑ Loc. fam. Marcher à pieds de bas, || « en pieds de chaussettes » (J. Dutourd, Taxis de la Marne, XV), sans chaussures.
41 (…) elle en apporte cinq cents (pièces d'or) dans un pied de bas.
Loti, Mon frère Yves, LXX.
8 a Chacune des deux chaussures qui composent la paire. || Le pied droit de ce modèle est plus serré que le pied gauche.
b Prolongement d'une jambe de pantalon, couvrant le pied. || Pyjama à pieds (pour les enfants).
9 Emplacement des pieds. || Le pied et la tête d'un lit (cit. 7).Contr : chevet.
B Chez l'animal.
1 En parlant des animaux, pied ne se dit guère que de quelques oiseaux et des mammifères, surtout domestiques, en partic. des équidés. Patte, -pède, -pode.REM. Dans tous ces cas, patte est plus courant (sauf dans des expressions et usages déterminés). — Qui a deux ( Bipède), quatre pieds ( Quadrupède, tétrapode). || Pieds de devant, de derrière (d'un quadrupède). → Gerboise, cit.; homme, cit. 13. || Monstre sans pied. Acéphalopode, apode. || Qui a de longs pieds ( Macropode), des pieds palmés ( Palmipède). || Qui marche sur la plante du pied. Plantigrade. || Qui a un seul doigt au pied. Solipède. || Pied muni d'un éperon, d'un ergot, de griffes, d'un sabot. Ongulé… || Pieds fourchés (vx), fourchus (cit. 1 et 2).Pieds d'un faucon (cit. 3), d'un gerfaut (cit. 1), d'un héron. || « Un jour, sur ses longs pieds… » (→ Côtoyer, cit. 1, La Fontaine). || « Des geais (cit. 4) à deux pieds » (La Fontaine).
Loc. fig. Faire le pied de grue (cit. 4). Attendre.
Tomber, retomber sur ses pieds, comme un chat. || Marcher à quatre pieds. Patte.
Les pieds des anthropoïdes. Main (cit. 111). || Pieds d'une biche (→ Brûler, cit. 14). || Chiens aux pieds agiles (cit. 3). || Tumeur du pied, chez le chien. Butture. || Pied de chèvre. Capripède, chèvre-pied. || Maladie du pied du mouton. Piétin. || Huile de pied de bœuf, de mouton.
Les pieds des chevaux (→ Fouiller, cit. 5), des coursiers (→ Fouler, cit. 4 et 6). || Pied de l'étrier (cit. 2 et supra), du montoir. || Balzane du pied d'un cheval. || Fourbure du pied du cheval. || Position vicieuse des pieds du cheval. Cagneux, panard. || Défectuosité des pieds du cheval (pied bot, cerclé, comble, maigre, plat…).Entraver les pieds d'un cheval. Entrave. || Coup (cit. 17) de pied de cheval. Ruade, ruer. || Cheval qui frappe la terre des pieds de devant. Piaffer. — ☑ Loc. Le coup de pied de l'âne.Mule (1. Mule, cit. 1) au pied sûr.Cheval qui galope sur le pied droit (quand le pied antérieur droit se pose en avant de l'antérieur gauche, le postérieur droit en avant du postérieur gauche). — ☑ Loc. Galoper sur le bon pied : lever le pied droit le premier, dans le galop.Cheval qui change de pied, qui passe du galop à droite au galop à gauche, ou inversement, sans temps d'arrêt. — ☑ Fig. Faire feu des quatre pieds. Fer (infra cit. 16).(Vx). || Il a été déferré des quatre pieds : il a été désarçonné.
Spécialt. Le sabot (du cheval, de l'âne…). || Parer, nettoyer le pied d'un cheval. Curepied. — ☑ Loc. Ce cheval a fait pied neuf, « après qu'il a été dessolé, il lui est venu une nouvelle corne » (Académie).
(En parlant des insectes). Mille-pieds (vx). — ☑ Fig. Pieds de mouche. Patte.
Par ext. || Le pied d'un escargot ( Gastéropode), d'un céphalopode, d'un mollusque…
2 Bas de la patte (du veau, du mouton, du porc), préparé en boucherie pour la consommation. || Pieds de mouton farcis. || Pieds (de porc) panés.
Vx. Patte, cuisse comestible (d'un oiseau). — ☑ Loc. fig. (vx). Tirer (cit. 34), rapporter pied ou aile de qqn, en tirer un avantage.
3 Cuis. || Petits pieds : grives, cailles, ortolans.
4 Loc. || Pied d'alouette. Dauphinelle. || Pied de lion. Edelweiss. || Pied-de-cheval. || Pied de corbin (renoncule), de griffon (ellébore), de loup ( Lycopode). Pied-de-biche, pied-de-chèvre.
C Par métonymie. (Vén.). Trace de pas (d'un animal). || Repérer les pieds et les brisées d'un cerf.
———
II
1 Partie par laquelle un objet repose sur le sol, touche le sol. Bas, base. || Le pied des montagnes (cit. 7), des monts (→ Front, cit. 25, Vigny), d'une colline. || Pied d'une colonne, d'un mât.Caler, tenir le pied d'une échelle. || Le pied d'un escalier. || Le pied d'un mur, d'un édifice. — ☑ Loc. fig. Mettre qqn au pied du mur, le contraindre à une décision. Mur (cit. 14, et supra). || Une pièce de plain-pied.Au pied de… : au bas. || Au pied d'une falaise (→ Blottir, cit. 6).Au pied du trône (→ Avec, cit. 16), de l'échafaud (cit. 3 et 4). — ☑ À pied d'œuvre : auprès du bâtiment que l'on construit, sur le lieu des travaux (au fig. Œuvre).
Géom. || Pied d'une perpendiculaire : point d'intersection de celle-ci avec la surface ou la ligne sur laquelle elle est abaissée. Podaire.
Couture. || Pied d'une dentelle, d'une frange, etc., côté par lequel elle est cousue (par oppos. au bord). || Le pied d'un col.
2 a Base (d'un végétal). || Le pied d'un arbre (cit. 26, 37 et 38). Collet (cf. Nœud vital). || Arbre franc (2. Franc, cit. 14) de pied.Tige, pied d'un champignon (cit. 1). Pédicule, stipe.Pied d'une feuille de tabac.
Loc. Sur pied. || Fruits vendus sur pied, avant la récolte. || Légumes qui sèchent sur pied. — ☑ Fig. Sécher sur pied : se consumer de chagrin, d'ennui…
b Par métonymie. Chaque individu, chaque plant (en parlant de certains végétaux cultivés). || Pied de vigne. Cep (→ Croupir, cit. 5). || Pied de salade. || Pied coupé. Souche.Pied cornier (→ Borne, cit. 2).
3 a Techn. || … du pied : …une bonne assise, une bonne largeur de base (employé avec des verbes tels que avoir, donner, etc.). || Un mur qui a du pied. || Donner du pied à une échelle en l'inclinant, en l'écartant.
b Mar. || Bateau qui a du pied dans l'eau, qui a un tirant d'eau important. || Un voilier qui a du pied dans l'eau présente souvent une certaine raideur à la toile et, si la quille est longue, une excellente stabilité de route.
4 Partie (d'un objet) servant de support. || Casser le pied d'un verre. Épater.Les pieds d'un meuble. || Siège, ustensile, dispositif à trois pieds. Trépied, tripode. || Croisillons reliant les pieds d'un meuble. Piètement. || Pied de table (→ Gaine, cit. 13). Pied-de-table. || Desserte haute sur pieds (→ Meuble, cit. 6). || Pieds de lit (cit. 5 et 6).Pied pliant, télescopique, d'un appareil de photo.
41.1 Le sac, en outre, contenait un support articulé semblable à un pied d'appareil photographique. Louise le saisit, puis en allongea les trois branches extensibles, qu'elle posa sur le sol non loin du chevalet, en réglant avec sollicitude la hauteur et la stabilité de l'ensemble.
Raymond Roussel, Impressions d'Afrique, p. 197-198.
À pied : qui a un pied. || Verre à pied.
Loc. techn. (cin.). || Pied-chariot : support de caméra comportant un chariot.
Techn. Pièce ou partie fixant une valve à la chambre à air d'un pneu. || Pieds métalliques, en caoutchouc. || Pied universel.
Élément de raccordement entre deux pièces d'horlogerie.
Loc. fig. Nez en pied de marmite (cit. 4).
5 Extrémité (d'un cigare) destinée à être allumée. || Pied d'un londrès.
6 Pieds de distillation : produits recueillis en fin de distillation (huile, savon). → Produits de queue.Absolument :
41.2 (Dans le raffinage des huiles alimentaires) Les impuretés ou « pieds » sont toujours traitées ultérieurement pour récupérer l'huile qu'elles contiennent.
L.-V. Vasseur, J.-L. Bimbenet et M. Hillairet, les Industries de l'alimentation, p. 30.
———
III
1 (1080). Unité de mesure de longueur (usitée en France avant l'introduction du système métrique, et encore de nos jours dans certains pays). || Le pied de roi (environ 0,324 m) était divisé en douze pouces. || Six pieds. Toise. || De trois pouces à trois pieds (→ Navaja, cit.). || Cinq pieds et quelques pouces (→ Appas, cit. 19). || Balustrade (cit. 1) de cinquante pieds de hauteur. || Montagne de dix mille pieds de hauteur (cit. 2). || Pied carré, pied cube.
Mesure de longueur anglo-saxonne (304,8 mm) utilisée en France par les aviateurs || Pied anglais. || Les aviateurs comptent l'altitude en pieds.
(Après 1760). Au Canada. Mesure valant 12 pouces, soit, 30,48 cm (abrév. : pi, pd).
42 Madame Piédeleu, sa femme, lui avait donné neuf enfants, dont huit garçons, et, si tous les huit n'avaient pas six pieds de haut, il ne s'en fallait guère. Il est vrai que c'était la taille du bonhomme, et la mère avait ses cinq pieds cinq pouces; c'était la plus belle femme du pays.
A. de Musset, Nouvelles, « Margot », II.
43 L'altimètre était difficile à lire (…) Quinze cents pieds. Quinze cents pieds faisaient combien de mètres ? (…) Diviser par trois.
Jules Roy, la Vallée heureuse, I.
43.1 Ned Land avait environ quarante ans. C'était un homme de grande taille — plus de six pieds anglais, — vigoureusement bâti, l'air grave, peu communicatif (…)
J. Verne, Vingt mille lieues sous les mers, p. 29.
(En parlant d'une longueur indéterminée). || Quelques pieds de terre (→ Nourrice, cit. 4).Avoir six pieds de terre sur la tête : être mort et enterré. — ☑ Loc. fig. Souhaiter d'être à cent pieds sous terre : avoir envie de se cacher (par confusion, honte).Un pied carré de terre (→ Cher, cit. 24), de forêt (→ Parasite, cit. 9).
Loc. fig. Tirer la langue d'un pied de long.Faire une mine, un nez de trois pieds de long. — ☑ Loc. cour. Pied de nez. Nez (infra cit. 27).Avoir un pied de fard, de rouge, sur la figure, une couche épaisse.
44 Voyez la rougeur du coupable, en a-t-il un pied sur les joues ?
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, II, 4.
45 Ils faisaient la cour (…) à des professionnelles que la modestie de leur costume eût fait prendre pour des femmes honnêtes, sans le pied de rouge qu'en guise d'insigne elles avaient sur les joues, comme un reflet permanent d'une lanterne de mauvais lieu.
A. Hermant, Souvenirs du vicomte de Courpière, VI.
Loc. (vx). Laissez-lui prendre un pied, il en prendra quatre, se dit de celui qui abuse de la bienveillance, de l'indulgence qu'on a pour lui.
46 Ce qu'on donne aux méchants, toujours on le regrette (…)
(…) Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.
La Fontaine, Fables, II, 7.
2 Fig. et vieilli, en loc. Mesure.
Mesurer qqch. au pied de…, sur la base de…, par rapport à…
47 Est-ce au pied du savoir qu'on mesure les hommes ?
Boileau, Satires, VIII.
Mod. Au petit pied : en petit, en raccourci (généralt avec une nuance iron.). || Un Fouquier-Tinville au petit pied.
48 C'était d'abord la famille dont la noblesse, inconnue à cinquante lieues plus loin, passe, dans le département, pour incontestable et de la plus haute antiquité. Cette espèce de famille royale au petit pied effleure par ses alliances, sans que personne s'en doute, les Navarreins, les Grandlieu (…)
Balzac, la Femme abandonnée, Pl. t. II, p. 206.
3 a Argot anc. Part de butin.Prendre son pied, sa part, dans le partage après un vol.Il y a du pied, du butin (pris ou à prendre).
48.1 D'abord, fit observer Filochard, on voit tout d'suite que c'est un gonce au pognon, bonne affaire, les poteaux ! Du moment qu'il a du mastic dans les calots et qu'il prend Croquignol pour la fille à William Binett, y a du pied !
L. Forton, les Aventures des Pieds-Nickelés, in l'Épatant, 1910, p. 132.
(1881). Loc. fig. En avoir son pied : en avoir sa part, en avoir assez.
b (1899, en argot; du précéd., par le passage du langage des casseurs à celui des prostituées; répandu v. 1968). Mod. et fam. Plaisir sexuel, dans l'expr. prendre son pied. Jouir.
48.2 Qu'est-ce que vous faisiez tous les deux ?
— Chacun prenait son pied.
R. Queneau, le Dimanche de la vie, p. 196.
Par ext. || Prendre son pied : avoir du plaisir, être heureux (dans quelque domaine que ce soit).
c (V. 1968). Le pied : le plaisir. || Les vacances en moto, c'est le pied. || Quel pied, ce film ! || C'est pas le pied, aujourd'hui, ça ne va pas bien.|| « (Des musiciens) qui se retrouvent pour le pied, le dimanche après-midi… » (l'Express, 31 mars 1979, p. 41). || « Ce soir, pied classique : l'œuvre d'orgue de Bach… » (Actuel, déc. 1974, p. 54). — ☑ (Renforcé). C'est le grand pied, le superpied, le pied d'acier (bleu), etc. Panard.
48.3 Ce fut une histoire difficile qui dura très longtemps et que l'on mena à bonne fin. Faire la police, pour moi, je l'ai déjà dit, c'était une vocation, le pied, le bonheur.
Martin Rolland, la Rouquine, p. 211.
Iron. || Eh bien, ça va être le pied ! || Quel pied ! (en parlant d'une chose désagréable).
REM. Ces expressions sont souvent comprises à tort comme venant du sens I. de pied, avec une valeur érotique (d'où le syn. panard).
48.4 Ainsi y aurait-il pour expliquer l'origine de la fameuse expression « prendre son pied », au moins deux écoles. La première serait freudienne et verrait là, le rappel du plaisir tiré par le nourrisson à prendre son pied pour en sucer le gros orteil. L'autre école, l'historique, fait remonter l'expression au temps des corsaires, affirmant que la tradition était alors, après un abordage réussi, d'étaler le butin sur le pont et d'inviter chaque pirate à prendre sa part, en dessinant un carré avec ses pieds.
Jacques Merlino, les Jargonautes, p. 64.
48.5 Quel pied ! s'écria-t-elle comiquement. Dire que dans cinq jours je vais devoir soigner tous les tarés du 13e, vacciner des bébés horribles, tripoter des trucs flasques, berk !
René Fallet, Y a t'il un docteur dans la salle ?, p. 215.
4 Loc. fig. Au pied de la lettre. Lettre (cit. 17 et 19).
Sur (le, un) pied (de) : à raison de…, à proportion de… || « J'ai payé cette étoffe sur le pied d'un louis l'aune » (Académie, 1694).Sur ce pied, sur ce pied-là, sur le pied où sont les choses : puisque les choses sont ainsi (→ Excellence, cit. 7).Sur un pied d'égalité (→ Exécuter, cit. 20).Traiter qqn sur le pied… (→ Licence, cit. 10). || Être reçu sur le pied de…, comme…Être sur un bon, un mauvais pied, dans une bonne, une mauvaise situation (dans la société).Considérer, mettre sur le même pied. Côté (à), plan (sur le même plan).
49 (…) je vous trouve digne de l'estime de tout le monde, et c'est aussi sur ce pied-là que je suis votre ami sincère (…)
La Bruyère, Correspondance, XX, 16 déc. 1691.
50 Il faut que notre liaison cesse, ou que je sois admis sur un nouveau pied, et que Mlle Agathe fasse de moi quelque chose de mieux que ce qu'elle en a fait jusqu'à présent.
Diderot, Jacques le fataliste, Pl., p. 701.
50.1 (…) il mettait son savoir-vivre à ne pas gêner ses jeunes gens, les saluant même s'il les rencontrait dans l'escalier avec une amabilité, qui, étant donné la défense du colonel (le frère d'un mercier) d'avoir des chambres en ville, était comme une raillerie à son endroit et un scepticisme à l'endroit de la discipline, un pied d'égalité avec eux, qui les transportait.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 560.
Spécialt. Avec des ressources, un train de vie, une situation de… || Vivre sur le pied de deux millions par an.Vivre, être sur un grand pied, dans le luxe, en dépensant beaucoup.
51 (…) le père Cardot avait dépensé quarante-cinq mille francs afin de mettre sur un certain pied sa Florentine (…)
Balzac, Un début dans la vie, Pl. t. I, p. 722.
Armée sur le pied de guerre, de paix…
52 Aussi, depuis deux jours, madame Moreau se mettait-elle sur le pied de guerre et faisait-elle le pied de grue.
Balzac, Un début dans la vie, Pl., t. I, p. 678.
REM. Dans la plupart de ces expressions, pied est plutôt compris dans le sens I. ou II., avec la valeur figurée de « base », que dans le sens étymologique de « mesure ».
5 Instrument servant à mesurer. || Pied à coulisse : instrument pour mesurer les épaisseurs.
53 Un gamin de douze ans, sale et dépenaillé, le suivait, portant la chaîne sous un bras, le pied et les jalons sur une épaule, et balançant, de la main restée libre, l'équerre, dans un vieil étui de carton crevé.
Zola, la Terre, I, III.
tableau Noms d'appareils et d'instruments de mesure.
———
IV (1580). Versification. Groupement de syllabes d'une valeur déterminée formant dans le vers une unité rythmique (dans l'antiquité, chaque pied pouvait se rythmer par un battement de pied sur une syllabe accentuée : demi-pied fort). Anapeste, choriambe, dactyle, iambe, spondée, tribraque, trochée… || Pied pair, impair. || Groupe de deux pieds dans la poésie grecque. Mètre (I.).
Par ext., en parlant de certaines langues vivantes :
54 Emportés par l'habitude, nous pouvons, s'il nous plaît, considérer les pentamètres iambiques des tragédies de Gœthe comme des vers décasyllabiques; mais nous risquons alors d'être déconcertés lorsque dans ses Élégies par exemple, les pieds de trois syllabes, anapestes ou dactyles, alternent avec les iambes et les spondées.
Gide, Attendu que…, p. 156 (→ aussi Intonation, cit. 5).
Abusivt. Syllabe (dans un vers français). || L'alexandrin est un vers de douze pieds (exemple jugé abusif par l'Académie).
tableau Noms d'outils.
CONTR. Chevet, cime, faîte, sommet, tête.
DÉR. Peton, piètement, piétin.
COMP. Arrache-pied (d'), avant-pied, cale-pieds, casse-pieds (comp. de casser), chauffe-pieds (comp. de chauffer), chausse-pieds, chèvre-pied, cloche-pied (de 2. clocher), contre-pied, cou-de-pied, couvre-pied (comp. de couvrir). — Cure-pied (de curer), empiéter, hausse-pied, marchepied, mille-pied, plain-pied (V. Plain), sous-pied, trépied, va-nu-pieds. — Pied-à-terre, pied-bot, pied-d'alouette, pied-de-biche, pied-de-cheval, pied-de-chèvre, pied-de-lion, pied-de-loup, pied-de-poule, pied-de-roi, pied-de-veau, pied-d'oiseau, pied-droit, pied-fort, pied-noir, pied-plat. — V. aussi les comp. du grec pous, podos (suff. -pode, podomètre), du lat. pes, pedis (suff. -pède, préf. péd(i)-), ainsi que pédale, pédicelle, pédicule, pédoncule. — V. aussi Pédigrée, pétanque, piédestal, piédouche, piètre.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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